SCENE XL
MADAME VIÉÏOF, AGLAÉ.
MADAME VIÉTOF, à part.
Je crains qu'il ne soit un peu tyran.
AGLAÉ
Ne faire qu'une toilette un jour comme celuici ! Il était si simple d'en faire deux.
MADAME VIÉTOF.
Que veux-tu , ma bonne amie? c'est la volonté de ton père.
AGLAÉ
Vous ne m'empêcherez pas , maman , de trouver au moins que les pères ont souvent de singulières volontés.
MADAME VIÉTOF.
Tous les hommes en général.
AGLAÉ
Enfin je vais jurer à monsieur Ernest de l'aimer toute la vie ; [ En soupirant. ) et si mon père l'eût voulu, je l'aurais juré à un autre.
MADAME VIÉTOF.
Allons, allons, mon enfant; tu auras tout le temps de penser à cela.
2u LE PLUS BEAU JOUR DE LA VIE.
agla:é.
Vous avez raison , rnaman.
MADAME VIÉTOF.
Il ne faut pas se créer des chimères, tout s'arrange avec le temps. Veux -tu entrer dans le salon?
AGLAÉ
Déjà!
MADAME VIÉTOF.
Mais oui. Il me semble qu'il ne te manque plus rien.
AGLAÉ
Vous ne sauriez cioire ce qu'il m'en coûte d'aller recevoir tant de félicitations à la fois.
MADAME VIÉTOF.
Il faut t'armer de courage. Songe donc que te voilà une femme. Par exemple, ma petite, jeté recommanderai d'avoir le ton doux et modeste avec nos parens, mais surtout d'y joindre un air de satisfaction timide vis-à-vis ceux de ton mari ; c'est de bon goût , et tout le monde remarque cela. Je te donne ensuite carte blanche pour triompher hardiment des jeunes personnes que la vue d'une mariée désole toujours. Et si dans la foule des complimens que l'on t'adressera, il s'en trouvait de déplacés, au lieu de rougir et de baisser les yeux, comme on le voit faire tous