SCENE XV. a4i
M. DE THÈCLE
Comment ! vous ne voulez pas rester un instant avec moi? Depuis si long-temps je cherche à vous parler.
PERRINE
w C'est à cause de cela.
M. DE THÈCLE
Voilà trois ans que je vous vois embellir.
PERRINE
Monsieur, j'étais sûre que vous alliez commencer ainsi.
(Elle va pour sortir, monsieur de Thècle la retient.) M. DE THÈCLE.
Qu'y a-t-il donc de si effrayant dans ce lan-
gage?
PERRINE
Que voulez - vous , monsieur , je suis poltronne.
( Elle va encore pour sortir.) M. DE THÈCLE.
Mais écoutez-moi , de grâce , Perrine.
PERRINE
J'ai toujours entendu dire que les filles qui vous écoutaient , finissaient par s'en repentir.
M? DE THÈCLE
Qui donc a pu*îne calomnier ainsi ?
PERRINE
Enfin, ma mère m'a défendu de jamais lever les yeux sur vous. Chaque fois que vous vous arrêtez devant notre croisée, elle me fait baisser la tête , et elle a raison.
M. DE THÈCLE
Vous trouvez qu'elle a raison ?
PERRINE
«Ma fille, me dit -elle, monsieur de Thècle » ( car tout le monde ici sait votre nom , depuis » le temps que vous venez aux eaux ) , monsieur » de Thècle est un de ces jeunes seigneurs que » Satan semble avoir faits tout exprès pour perdre » les pauvres innocentes qui ne sont pas sur leurs » gardes. Et comment pourraient - elles se dé- » fendre, quand tant de belles et grandes dames » y succombent elles-mêmes?»
M. DE THÈCLE
En vérité, Perririe, votre mère est folle. Regardez-moi donc; mais qu'est-ce que Satan m'a donc fait de si particulier?
Je n'en sais rien. Ma mère a cinquante ans, je n'en ai que dix -huit; elle doit avoir plus d'expérience que moi.
M. DE THÈCLfe.
Vous m'avez regardé quelquefois?