CÈNE IV
MADEMOISELLE ^ÉPHIRINE.
N'importe.
GEORGET
Voici celle-ci de l'Anglais.
(Il lit.)
« Mademoiselle,
a Plusieurs de mes amis, qui ont été voir les » curiosités de France, m'ont rapporté que ce » qu'il y avait de plus extraordinaire dans ce » pays, c'est vous, mademoiselle; et, comme je » veux une femme qui ne ressemble pas aux » autres, j'ai pris la poste pour aller mettre mon » cœur sous vos pieds.
« Il y sera , si les relais me servent bien , dans » la soirée du 5 courant.
« J'ai l'honneur ...»
MADEMOISELLE ZÉPHIRINE
C'est bon, c'est bon ; passe à celle de l'Italien. Je l'aime de préférence aux autres , celle-là : il m'appelle ma princesse. Lis, lis donc.
GEORGET lit.
« Ma princesse ...»
MADEMOISELLE ZÉPHIRINE, l'interrompant.
Ma princesse ! . . . Qu'il est gentil ! qu'il est ni. 17
2 58 LA SAPHO, etc.
galant! Georget, je t'avoue que je me sens un terrible penchant pour cet amant-là ! Continue.^. Ma princesse. . . Eh bien ! va donc.
GEORGET
Où en étais-je?
MADEMOISELLE ZÉPHIRINE
Eh ! imbécile , à ma princesse.
« Ma princesse ,
« S'il est vrai que vous ressembliez à une en- » seigne de cabaret. . .» f ii s'interrompt. ) Mademoiselle, ce n'est pas trop honnête, une enseigne de cabaret.
MADEMOISELLE ZÉPHIRINE
Non, c'est vrai; mais il* le fait exprès. Continue. ... Tu vas voir comme il ennoblit cela ensuite.
GEORGET lit
c( Enseigne de cabaret que j'ai vue sur la route » de Niort, et que l'on m'a assuré être votre por- » trait fidèle , je jure , si vous y consentez , de » n'avoir jamais d'autre épouse que vous. Depuis » que j'ai l'espoir de posséder l'original vivant » de cette adorable peinture, je ne vis plus, je » meurs, je suis mortl Oui, princesse de mon » ame. . . »
.:)T SCÈNE tV. 259
MADEMOISELLE ZEPHIRINE, l'ioterronipant.
Ce n'est pas une princesse toute simple; c'est la princesse de son ame !.. Cela me ravit; continue.
GEORGET lit.
(t Oui, princesse de mon ame, je me livre à » vous, corps et biens; vous serez ma sultane... »
MADEMOISELLE ZÉPHIRINE, l'interrompant.
Sa sultane! ce n'est plus une princesse, c'est une sultane !
Imb on.- GEORGET lit.
« Vous serez ma sultane, ma déesse, . . w
MADEMOISELLE ZEPHIRINE, l'interrompant.
Sa déesse! quel style! Sa déesse! Il semble que ce soit un dieu qui rn'associe à sa di\dnité!. . Je vois l'Olympe , tout ce qu'il y a de grand , de sublime, prosterné devant mon trône... Ma déesse ! . . . Cela m'enivre.
GEORGET lit.
« Vous serez ma sultane, ma déesse, et moi » je serai votre esclave ...»
MADEMOISELLE ZÉPHIRINE, l'interrompant.
Je serai sa déesse, et lui il sera mon esclave. Quelle antithèse! qu'elle est bien ménagée! Une déesse , et tout de suite un esclave ! Ah ! que ses chaînes seront légères! Ne crains rien, charmant étranger, je sèmerai ta vie de roses toujours
aôo LA SAPHO, etc.
nouvelles; tous tes jours se passeront dans d'amoui'euses langueurs, et je n'emploierai mon pouvoir qu'à faire envier ton bonheur au reste de la terre. C'est assez , Georget, je ne veux pas en entendre davantage, j'y succomberais. Donnemoi ces lettres.
GEORGET
Et celle de ce gros propriétaire de Champagne ?
MADEMOISELLE ZlÉPHIRINE.
Ah ! fi ! son style est lourd , sa personne doit être maussade.
Je trouve pourtant sa lettre bien appétissante, moi; il y a dedans des tètes de cochon qui font venir l'eau à la bouche.
MADEMOISELLE ZÉPHIRIWE.
Eh bien , lis. Dans le fait, c'est aussi un hommage rendu à mes charmes; et, comme le disait la célèbre Aspasie :
Pour nous plaire, il suffit de nous savoir aimer. GEORGET lit.
« Mademoiselle , « Je suis un riche propriétaire de Champagne,