SCÈNE IV
» et Ton prétend que l'esprit est rare dans le » pays que j'habite; mais comme en même temps » tout le monde prétend que vous en avez plus » que vous n'êtes grosse, j'ai formé le projet » d'aller vous offrir mon cœur, de vous enlever, » et de vous emmener à Troyes , où votre répu- » tation ne tardera pas à éclipser celle de nos » têtes de cochon, avec lesquelles j'ai l'honneur » d'être , charmante Hélène , votre Paris ,
» MOUTONNET
MADEMOISELLE ZEPHIRINE.
Il y a de l'érudition dans tout cela. Ces noms d'Hélène, de Paris; cet enlèvement, cette ville de Troyes . . On voit que cela veut dire quelque chose, et que cet homme a de la lecture. Mais quelle distance de lui à mon charmant Italien !
GEORGET
Faut-il lire le post-scriton ?
En voilà assez. Tu dois être content; tu ne voulais voir que les têtes de cochon, tu les a vues , cela doit te suffire.
GEORGET
Ce qui m'étonne, moi, c'est que ces trois
a62 LA SAPHO, t?tc.
messieurs aient l'air de s'être donné le mot pour venir le même jour.
MADEMOISELLE ZÉPHÏRINE.
C'est une bizarrerie du petit dieu de Cythère , qui veut m'assiéger par des assauts redoublés. Amour, perfide Amour, ménage tes traits; mon faible cœur n'aspire qu'à se rendre! Frappe.
(On frappe à la porte. ) GEORGET.
On a frappé.
MADEMOISELLE ZÉPHIRINE
Ah! l'attaque va commencer. Vois qui c'est , Georget. (Georgot sort.) Zéphirine , Zéphirine , garde à vous; tenez la bride à votre cœur; songez qu'il vous a déjà fait faire bien des sottises.