SCÈNE III. 3o
se sont impose le devoir de la tenter, ont bien senti qu'ils ne pouvaient le faire avec quelque espérance de succès , qu'en se conformant à la faiblesse du siècle. C'est ce qui explique leur empressement à se charger d'emplois importans qui les mettent à même de répandre beaucoup de grâces.
HIPPOLYTE
Que je les plains! Ainsi c'est notre perversité qui les contraint à tenir un état de souverains. Ces somptueux dîners qu'ils donnent , ces palais magnifiques qu'ils habitent, ces salons resplendissans qu'ils tiennent ouverts à tous venans, sont autant de sacrifices que nous leur imposons. Ils aspirent à la vie ascétique, et nous les forçons à s'entourer de toutes les pompes de l'enfer.
E1ÉLIX.
Il est impossible de parler raison avec toi.
HIPPOLYTE
Ces martyrs d'une nouvelle espèce te sont-ils bons à quelque chose au moins ? Je t'assure que cette question est de très-bonne foi, et que je ne te pardonnerais pas de te faire leur panégyriste sans aucun dédommagement. Tiens-tu à quelqu'un d'entre eux? ï'es-tu fait un état ?
ao.
3ô8 LE DUEL.
FÉLIX
Je n'ai qu'une position. Aujourd'hui qu'on a besoin d'hommes de lettres pour une foule de choses, j'ai cherché à me distinguer parmi ceux ^ui peuvent inspirer le plus de confiance.
HIPPOLYTE
J'entends, tu es comme en magasin. Mais étcsvous beaucoup de concurrens dans le même genre?
FÉLIX
Que trop, malheureusement. Il n'y a pas assez d'états pour les jeunes gens qui ont reçu de l'éducation, et qui veulent vivre honorablement.
HIPPOLYTE
C'est-à-dire à rien faire.
FÉLIX
Ceux qui n'ont pas de conscience regardent d'où vient le vent, et ils se laissent pousser; d'autres plus heureux trouvent que les opinions qui régnent sont d'accord avec les leurs , et ils se mettent à les servir. Mais souvent on les confond tous ensemble, et ceux qui manquent de conscience arrivent presque toujours les premiers.
HIPPOLYTE
C'est fatal. Pauvre Félix ! Ainsi vous êtes tous là avec vos consciences à attendre quelqu'un