SCÈNE III. 3o
FÉLIX
Hippolyte, cher Hippolyte, de quel démon es-tu donc possédé ? Juste ciel ! ne va pas blasphémer de la sorte; tu troublerais là société jusque dans ses fondemens.
HIPPOLYTE
Ne vois-tu pas que je plaisante ? Suis-je depuis assez de temps à Paris pour avoir vu toutcela? C'est un tableau de fantaisie qui ne ressemble à rien. La France a été corrompue ; il faut l'avouer : mais aussitôt qu'on la voulu, elle est devenue parfaite ; il n'en a coûté que de le vouloir ; et l'on aurait eu grand tort de différer davantage, car cela n'a dérangé personne.
FÉLIX
Si c'est ainsi que l'on pense en province , je me félicite bien de ne jamais avoir quitté Paris.
HIPPOLYTE
En effet , Paris est la ville sans tache ; c'est la métropole de ces honnêtes chevaliers d'industrie qui font éclore chaque jour une invention nouvelle. Par malheur, la précipitation qu'ils y mettent se reconnaît à la grossièreté de leur ouvrage ; mais que leur importé , s'ils en retirent le prix qu'ils s'en étaient promis ?
FÉLIX
Ton père a de la fortune , mon ami ; celle de
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ta grand'mère ne vous échappera pas ; tu peux parler comirie bon te semble. Mais si un jeune homme comme moi , qui n'ai rien , tenait de semblables discours , il faudrait qu'il renonçât à jamais à se faire un sort.
HIPPOLYTE
Voilà qui est bien ; cet aveu est franc ; cela me plaît. Pourquoi chacun ne s'explique-t-il pas ainsi ? Que pourrait-on répondre à des gens qui vous diraient tout bonnement : « Je ne puis pas parler comme vous , j'ai besoin d'une place, il faut bien que je me conduise comme je le fais. »
FÉLIX
Cela serait fort amusant, tout le monde dirait la même chose.
HIPPOLYTE , en riant.
Tout le monde! c'est beaucoup. Quoi! tout le monde aujourd'hui a besoin de places?
FÉLIX
Que veux-tu, mon cher? Le luxe envahit tout.
HIPPOLYTE
Et qu'est-ce donc alors que cette réforme que tu me vantais tout à l'heure ?
FÉLIX
Elle n'est pas encore complète; et les gens qui