SCÈNE V
quand je n'ai que des éloges à donner. Pour moi, à quelques injustices près, et qui sont inévitables, je pense que ceux qui nous mènent nous mènent fort bien; jamais on n'a été plus libre, plus tranquille , plus heureux.
HIPPOLYTE
C'est ce que répètent sans cesse les gens qui se sont vendus. ^
SAINT-LÉGER
11 faut bien se vendre quelquefois pour savoir ce qu'on vaut.
HIPPOLYTE
Au surplus , tant qu'ils sont en place , les ministres sont toujours les plus grands hommes du monde. Ce sont de vastes génies , des. têtes d'une organisation particulière. Qu'ils tombent, vous ne trouvez plus rien; tout est effacé; et souvent ils valent encore moins qu'avant leur élévation.
SAINT-LÉGER , se frottant les mains.
Je ne les vois plus quand ils ' en sont là.
( Hippolyte regarde Saint-Le'ger d'un air de hauteur , et fait quelques pas pour s'en aller. ) OÙ allez- VOUS donc? (Avec le plus grand sérieux. ) Est-Ce qUC ma présenCC VOUS
générait ?
m. ai
HIPPOLTTE. •
Je ne suis pas assez du monde pour supporter une conversation politique avec vous.
'^ ' sm]vt-l:éger.
Quant à moi, je sais tout supporter, excepté l'intention de me faire une insulte.
( Madame Derville paraît dans le fond du théâtre. ) HIPPOLYTE.
S'il en est ainsi , v<îus devriez donc éviter d'aigrir, par l'ostentation de vos félicités , des gens qui cependant n'en voudraient pas au prix qu'elles vous coûtent.
SAINT-LÉGER
Je connais votre infirmité , mon cher, et*je ne m'amuserai pas à établir entre nous un dialogue de matamore. Au fait , est-ce un duel que vous voulez? Parlez. Je ne suis pas maladroit; et je puis m'engager à ne vous tirer que la trop grande quantité de sang qui vous porte à la tête.
HIPPOLYTE
Finissons, monsieur. Est-ce aujourd'hui? à quelle heure ?
SAINT-LÉGER
Dans une demi - lieure ; je viendrai vous prendre ici. Quelles sont vos armes ?
( Madame Dcrville se retire après avoir fait des signes qui indiquent qu'elle va agir selon ce qu'elle vient d'entendre. )