SCENE V
pour les uns, se montrent en même temps d'une rigueur extrême à l'égard de gens recommandables qui ne sont protégés que par leurs talens et les services qu'ils ont rendus à l'Etat.
SAINT-LÉGER
Vous voulez parler de votre père; vous avez raison de conserver de la rancune pour la manière inconcevable dont on l'a traité. Mais ce sont de ces souvenirs que l'on doit écarter des conversations, si l'on ne veut pas tomber dans les personnalités, qui gâtent tout.
HIPPOLTTE.
Il est vrai que mes personnalités ne sont pas si agréables que les vôtres. La faute en est au ciel, qui ne m'a pas pourvu de parentes officieuses comme celles qu'il vous a données.
SAINT-LÉGER, riant.
Réellement, seriez - vous envieux de mon sort?
HIPPOLYTE
Je manquerais de beaucoup de qualités pour pouvoir le conserver.
SAINT-LÉGER , toujours avec gaieté.
Il va peut-être m'accuser d'hypocrisie.
Il y a plusieurs sortes d'affectation.
3ûio #^ LE DUEL.
SAINT-LÉGER
Je crois en vérité que vous vous fâchez.
HIPPOLYTE
Je n'en ai pas , comme vous , tout-à-fait perdu l'habitude.
SAINT-LÉGER
Comme moi! Mais c'est direct cela. Vous verrez qu'il faudra que je me fâche aussi pour lui prouver que j'ai le caractère aussi bon que lui.
HIPPOLYTE
Vous aurez des cautions qui attesteront que vous l'avez beaucoup meilleur.
SAINT-LÉGER
Ah ça , qu'est-ce que cela veut dire ? Est-ce une scène que vous jouez? D'honneur, je n'y comprends rien ; expliquez-vous.
HIPPOLYTE
Volontiers. Quoique vous vous soyez fait une habitude de ne vouloir rien envisager que du côté plaisant , vous ne trouverez cependant pas ridicule que , dans l'oubli où l'on a mis mon père , je me permette de juger d'une autre façon que vous les allures de ceux qui nous mènent.
Chut. Je ne parle jamais de ces choses-là. Vous me demanderez pourquoi ? Je vous répondrai que c'est par la difficulté que j'éprouve toujours