‹ Proverbes dramatiques (volume 4)Chapitre 21 sur 240 · SCENE XVII · texte numérisé non relu

SCENE XVII

ERNEST

Je désirerais savoir ce que contient cette lettre.

AGLAÉ

Eh ! mon Dieu , seriez-vous jaloux ?

ERNEST

Quelle folie ! Je ne suis que curieux.

AGLAÉ

C'est étonnant.

Ce qui est étonnant , c'est votre émotion pour une chose aussi simple.

AGLAE.

Mon émotion! Que voulez-vous dire? Je n'ai pas d'émotion. Pour quel sujet aurais-je de l'émotion? Monsieur Justin ne peut-il pas me parler? ne puis-je pas répondre à monsieur Justin sans exciter vos alarmes? Avez-vous des soupçons sur mon cousin, sur nioi? Notre union n'est-elle pas son ouvrage? N'est-ce pas lui qui vous a introduit dans cette maison ? Je ne reviens pas de l'importance que vous mettez à ce qu'il peut m'avoir dit.

ERNEST

C'est vous qui en mettez. Il était si facile de me répoiidre de suite,

AGLAÉ

Mais c'est que je ne veux pas prendre l'enga-

gement de vous répéter tout ce que l'on ine dira. Ce serait un esclavage intolérable. Si j'eusse aimé monsieur Justin au point de désirer l'épouser, certainement mon père n'aurait pas gêné notre inclination. Il est notre parent, il est jeune, il est doux, il est rempli de qualités , et je suis sûre qu'il rendra une femme fort heureuse.

ERNEST

Calmez-vous, Aglaé. Rien n'est plus déplacé que l'agitation où vous voilà. N'avez-vous jamais eu de curiosité? Eh bien, je vous avouerai que la mienne avait été excitée par cette conversation à voix basse, et par cette lettre que vous vous êtes empressée de cacher après l'avoir lue.

AGLAÉ

Empressée de cacher! (Ellefait un mouvement pour retirer la lettre et la donner à Ernest , mais elle s'arrête tout à

coup.) J'en suis fâchée; mais je trouve que je ne dois pas vous satisfaire , d'après la tournure qu'a prise notre entretien.

ERNEST , avec la plus grande douceur, et lui passant le bras autour du corps.

Vous ne pensez pas que je pourrais l'exiger.

AGLAÉ, se dégageant , élève la voix.

Maman , maman , il exige.

Page 1