‹ Proverbes dramatiques (volume 4)Chapitre 218 sur 240 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

MAURICE

Je t'avouerai que nous avons quelque crainte.

EDOUARD

La crainte est le commencement de la sagesse.

MAURICE

Tu ne doutes pourtant pas de réussir.

EDOUARD

Il n'y a que les sots qui ne doutent de rien.

MAURICE

Quel moyen as -tu trouvé pour guérir Cadichon?

EDOUARD

Je viens de le faire tuer.

HÉLÈNE

Nous voilà bien.

MARINE

Hélas! oui, mademoiselle.

A présent, délibérons.

MARINE , à part:

Voilà un drôle de jeune homme.

MAURKÎE.

Sur quoi veux-tu que nous délibérions }

EDOUARD

Sur l'autre malade.

MAURICE

Quel autre malade?

EDOUARD

Madame Severin.

MARINE , à part.

Dieu me pardonne ! il va la faire tuer aussi.

EDOUARD , d'un air d'importance.

Quelles sont ses opinions politiques?

MAURICE

A quoi bon ?

EDOUARD

Quelles sont ses opinions politiques?

MAURICE

Eh ! parbleu , folles.

EDOUARD

Folles de gauche , folles de droite, ou folles du milieu?

MAURICE

A propos de Cadichon !

EDOUARD

C'est une chose à présent dont il faut s'informer avant tout. N'est-ce pas avec les opinions qu'on est dupe ou que l'on fait des dupes ? Parler le même langage, méfne sans savoir ce que l'on dit, a été de tout temps la première des séductions. Madame Severin réve-t-elle un avenir chimérique? a -t- elle des regrets indéfinis sur le

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passé, ou nage-t-elle entre deux eaux? Quel est enfin celui de nos hommes d'état auquel elle donne la préférence ?

MARINE

Homme d'état ! attendez donc , madame m'a parlé de cela ; et quoique je ne sache pas ce que c'est, elle en a connu un.

EDOUARD

Quel est-il ?

MARINE

C'était son premier mari pour la finesse, le second pour l'intelligence, et le troisième pour le sang-froid.

A merveille. Elle a connu un homme d'état en trois volumes. Mais , mon enfant , savez-vous aussi quelque chose de sa politique ?

MARINE

Dame ! elle se plaint souvent qu'on ne fait rien pour elle, quoiqu'elle le mérite mieux que bien d'autres. G'est-il cela que vous appelez de la politique ? Elle prétend aussi qu'à une bataille qui a été donnée par les Croisés , il y a eu , dans sa famille, plus de douze chevaux de tués, saus. compter tous ceux qui ont été blessés.

EDOUARD

Bien, bien, je comprends.

MARINE

Vous entendez quelque chose à cela? En vérité, monsieur, vous êtes sorcier.

EDOUARD

A-t-elle quelqu'un qui la dirige?

MAURICE

0ui veux-tu qui se charge de cet enniii-là ?

EDOUARD, montrant Hélène.

Mademoiselle pourrait....

HÉLÈNE

Moi', monsieur ; ma tante a décidé que je lui portais malheur.

Marine, au moins...

MARINE

Marine ! Marine en dispose à son gré, pourvu que ni les cartes, ni le marc de café, ni le grand Nostradamus n'y mettent obstacle, et que ce ne soit ni un vendredi , ni un treize du mois ; qu'il n'y ait eu ni sel renversé, ni pain retourné, ni couteaux et fourchettes en croix. Alors, quand elle a éternué à jeun , et que la journée s'annonce pour être belle, je puis lui conseiller de faire ce qu'elle veut, ou trouver qu'elle a raison dans tout ce qu'elle me dit. Voilà mon empire.

EDOUARD

Il ti'est pas absolu. N'importe , annoncez-lui, Marine, qu'il y a depuis trois jours dans le pays

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