SCENE IIL
M. PARLAVIDE, au neuvième jure.
A VOUS , monsieur.
NEUVIÈME JUHÉ.
Plaît-il?
M. PARLAVIDE.
La fille Mengin...
NEUVIÈME JURÉ, l'interrompant.
Ah ! j'y suis. Eh bien ! non.
DIXIÈME JURÉ
Non.
ONZIÈME JURÉ
Non.
DOUZIÈME JURÉ
Oui.
M. PARLAVIDE, d'un ton très-attendri.
Messieurs, si l'honneur que j'ai d'être votre président, si l'habitude des affaires que m'a donnée l'exercice imposant des fonctions d'avocat que je professe depuis plus d'un quart de siècle; si la considération personnelle que l'on veut bien m'accorder, me donnent quelque crédit près de vous , perraettez-*moi de vous féliciter de cet esprit de paternité qui vient de présider à cette dernière décision. Oubliant un moment que vous étiez des jurés, vous vous êtes considérés comme des pères de famille; vous avez craint de déployer une rigueur peut-être injuste
envers une iiifortunée, à peine âgée de seize ans, que la misère a portée à faire un chétif vol de lapins. Je dis plus , messieurs, et j'écarte l'idée de la misère , pour en laisser planer une plus simple, plus innocente , et peut-être plus vraie : le jeune âge de ma cliente
PLl]Sir!;URS JURÉS.
De sa cliente !
M. PARLAVIDE, se reprenant.
De Taccusée, messieurs. Le jeune âge de l'accusée, dis-je, ne peut-il pas faire admettre la possibilité d'un enfantillage, le désir de se procurer un jouet, un amusement? et les moyens de se procurer ce jouet, cet amusement, n'étaient-ils pas pour la petite Mengin un jouet et un amusement de plus? Pourrions-nous consentir à flétrir pour jamais l'avenir d'une pauvre enfant qui n'a pas même l'idée de son crime , et que nous allions corrompre en la plongeant dans d'infâmes lieux de réclusion , où elle eut partagé la société des plus viles créatures.
(Plusiears jures s'essuient les yeux. ) DOUZIÈME JURÉ , pleurant.
Mais, monsieur le président, comment donc faire? Monsieur l'avocat-général ne nous a pas dit un mot de tout cela. Il est bien d'avis que cette pauvre petite est déjà une scélérate. Si