SCENE I
bien mieux fait de nous payer et de nous nourrir , comme ça se doit.
CLÉMENT
Vous avez bonne mémoire de vous ressouvenir de si loin.
JÉRICHO
Quand on est sur un siège tout seul , en plein air, que voulez-vous qu'on fasse? Il faut bien ruminer sur le temps passé. Votre maîtresse me rappelle si bien celle dont je vous parle, que c'est comme si je la voyais. C'est le même tatillonage; ça me fait trembler.
MARGUERITE entre, une boite sous le bras. J'ai enfin réussi. (Elle renferme dans le secrétaire les clefs
qu'elle y avait prises.) Tenez, Clément , portez cette boîte à Madame , avec la clef de son trésor.
(Clément emporte la boîte et la clef. ) JÉRICHO.
Au revoir , mamzelle Marguerite. Pourquoi n'êtes-vous pas venue avec nous, plutôt que mademoiselle Suzanne?
(Il sort.) MARGUERITE , le regardant s'en aUer.
Ça l'aurait ben avancé. Il faut espérer, cette fois-ci , qu'ils ne reviendront plus. Je n'en jurerais pas, cependant.
(Clément entre en dansant.)
kjo LE VOYAGE.
CLÉMENT
Marguerite, vite un bon déjeuner.
MARGUERITE
Pour qui ?
CLÉMENT
Pour nous deux. C'est Bibi qui nous régale. Madame ne voulait-elle pas la prendre encore dans sa voiture? Si vous eussiez vu l'air piteux dont ce pauvre Mi Flamet m'a regardé en entendant ça , les larmes vous en seraient venues aux yeux. Ma foi! j'avoue que j'ai eu pitié de lui; j'ai fait un mensonge ; j'ai dit que Bibi était sortie avec vous pour respirer l'air frais du matin.
MARGUERITE
Madame ne sait donc pas que c'est moi qui ai trouvé sa boîte ?
CLÉMENT
Est-ce qu'ils peuvent rien savoir dans cette voiture? Ils sont déjà à moitié asphyxiés. Mademoiselle Suzanne a l'air d'une morte. Pas moins, M. Flamet a conservé assez de tête pour me glisser cette pièce de cent sous par reconnaissance.
MARGUERITE
C'est un brave homme.
CLÉMENT
Allons remercier Bibi.