SCENE IV
je les voyais une heure avant d'arriver. (M. Flamet tire sa montre.) Si je savais que madame Dembrun restât long-temps dans cette chambre qu'elle a demandée , je prierais Monsieur de me laisser aller voir la cathédrale. On dit qu'il n'y a rien au monde de plus magnifique.
M. FLAMET, avec une humeur concentrée.
Il ne manquerait que cela.
JÉRICHO
Je croyais qu'elle allait redescendre tout de suite, moi. Une femme qui a fait six lieues et demie en voiture , il n'est pas extraordinaire qu'elle demande une chambre, c'est assez juste même; mais on sait toujours à peu près le temps que ça doit durer.
M. FLAMET
Que voulez-vous!
JÉRICHO
C'est que s'il y a encore douze lieues d'ici à Châteaudun où nous devons coucher...
M. FLAMET
J'ai pris mon parti ; tout m'est égal.
Et ne pas vouloir qu'on attelle avant qu'elle ne l'ait permis! Monsieur doit bien se repentir.
a3o LE VOYAGE.
M. FLAMET
Ce qu'il y a de sûr, c'est que Monsieur s'ennuie beaucoup de votre bavardage.
JÉRICHO
Je croyais vous faire passer le temps.
M. FLAMET
Puisque je suis résigné , il n'y a pas de temps à me faire passer. Il est clair que ce voyage ne sera qu'un long supplice. Quand on le répéterait sans cesse, à quoi cela avancerait-il ? Vous n'êtes pas dans la voiture , vous , d'ailleurs ; vous ne pouvez pas savoir la moitié du mauvais sang que je fais. La conversation la plus insipide; et par-dessus le marché une femme de chambre qui, à chaque cahot, me brise les genoux avec les siens qui sont durs comme du bois. La vérité est que je souffre horriblement, et que j'aurais de la peine à me tenir long-temps debout.
JÉRICHO
Mon pauvre maître, est-ce que vous croyez qu'un peu d'eau et de sel ne vous ferait pas de bien? Une vilaine femme de chambre, passez-moi le terme, n'avoir pas plus de respect pour un homme aussi savant que Monsieur! (M. Flametnepeut s'empêcher de rire.) Mais c'est vrai ! Vous briser les