SCENE V. a
M. FLAMET
Une femme mérite toujours des égards.
LUDOVIC
"Vous direz tout ce que vous voudrez, cette dame-là vous tient au cœur.
M. FLAMET
C'est que, voyez-vous, il y a près de deux heures que je suis ici.
MADAME SÉNÉS.
Et vous vous ennuyez déjà?
M. FLAMET
La vérité est que je ne jouis pas de votre société ; mon imagination est toujours sur cette route.
Que faut-il donc pour vous tranquilliser? J'ai mis deux hommes à travailler devant la grille , avec ordre de nous avertir à la moindre voiture qu'ils apercevraient de loin. Antoine est monté à cheval; il doit aller jusqu'à Chartres , s'il n'a rien rencontré d'ici là ; vous avez parlé aux postillons qui connaissent tous cette maison aussi bien que l'auberge de la Poste ; de plus , votre domestique. . .
M. FLAMET
Pardon, pardon; j'ai tort. Dans le fait, c'est vrai; elle ne peut pas être passée; nous n'avons
25a LE VOYAGE.
pas quitté cette place. N'est-ce pas, elle ne peut pas être passée ?
MADAME SENES
Quel bon mari vous auriez fait!
M. FLAMET
Mais pas du tout ; car si elle était ma femme , elle aurait été obligée de faire ce que j'aurais voulu.
( M. , Madame Sénés et Ludovic éclatent de rire. ) M. SÉNÉS.
En voici bien d'un autre ; elle aurait été obligée de faire ce qu'il aurait voulu.
M. FLAMET
Mais certainement. Si elle était ma femme ! . . .
M. SÉNÉS.
Il est d'un ingénuité incroyable. Mariez -vous donc une fois , monsieur Flamet , rien qu'une fois seulement ; je ne vous demande que cela; vous saurez du moins ce que c'est qu'une femme.
MADAME SENES
Oui; vous en parlerez en connaissance de cause.
M. SÉNÉS.
Loin de faire ce que vous voudrez , elle ne fera même pas ce qu'elle voulait faire, du moment qu'elle pourra se douter que cela vous conviendrait.