SCENE II
SIMON
(?Çst vrai qu'elle est bien menée, votre maison. Dans mon pays, il y a aussi des châteaux, mais il s'en faut qu'ils soient tenus et qu'on y ait tout à discrétion comme ici. Pas moins , je parierais bien que madame la marquise ne s'y plaira pas longtemps. -» *
MADELA.INE.
Elle regrettera bientôt les amis, les connaissances qu'elle a laissés à Paris.
SIMON
Oh! pardine, oui, regretter ses amis, ses conr naissances ! Ça lui dure long-temps. Elle en change tous les quinze jours.
MADELAINE
Vous badinez !
SIMON
Que voulez-vous ? pour peu qu'elle croie apercevoir dans un homme qui vient chez nous de quoi faire un troisième mari, la \01U1 qui ne pense plus qu'à ça. Elle le cajole, elle lui chuchotte je ne sais quoi ; on dirait que c'est une affaire bâclée , tant ils paraissent bien ensemble. Mais , comme elle voudrait faire cette folie-là le plus raisonnablement possible , elle calcule. Alors , de son coté , le monsieur calcule aussi; c'est assez juste. Quelque bien
a96 LES DEUX SOEURS.
conservée que se prétende une femme, ce n'est toujours qu'une femme conservée, et un mojisieur qui a un peu de délicatesse ne l'épouse pas pour rien; de sorte qu'il ne revient plus, et c'est un autre.
Il n'y a que Paris pour tout ça. En attendant que je sois marquise aussi, moi, je vais toujours faire du feu.
SIMON
Si vous voulez, mademoiselle Madelaine, j'irai vous chercher du bois ?
MADELAINE
Ah ! par exemple , monsieur Simon.
SIMON
N'avez-vous pas peur que ça ne me donne trop de mal?
(Il sort.) MADELAINE.
C'est jeune , ma foi ! je le laisse faire. Pour celuilà , si on lui a défendu de parler de sa maîtresse , on ne peut pas dire qu'il soit obéissant.
SIMON , apportant tout ce qu'il faut pour faire du feu.
Ai-je été long-temps?
MADELAINE
Assurément non. Mais dites-moi donc un peu ,