SCENE XVI
LE GÉNÉRAL
Mon fils ! lui , sa lubie c'est de ne se battre que contre des étrangers. Comme il n'y voyait pas de chance , il a donné sa démission. A présent , j'écrirais sa vie d'avance : il épousera votre nièce.
MADAME DE GENNETINES.
Monsieur Fernand ?
LE GÉNÉRAL
Je le crois du moins.On ne vous en a pas parlé?
MADAME DE GENNETINES.
Pas un mot.
LE GÉNÉRAL
Ni à moi non plus. Mais c'est le secret de Polichinelle
MADAME DE GENNETINES.
Voilà qui achève de peindre ma sœur. Je suis outrée.
LE GÉNÉRAL
Si j'avais prévu cela, je n'aurais rien dit.
MADAME DE GENNETINES.
Est-ce que vous donnerez votre consentement à ce mariage ?
LE GÉNÉRAL
En fait de consentement je donne tout ce qu'on veut.
MADAME GENNETINES.
Se cacher d'un père , c'est pourtant bien fort.
35o LES DEUX SOEURS.
Mais non. Si je voulais me le rappeler , ma femme m'en a étourdi plus de cent fois. Il lui était agréable de voir après sa mort la terre de madame votre sœur et celle de mon fils n'en faire qu'une. Grand bien lui fasse!
MADAME D£ GENNETINES.
Ces raisons-là peuvent être bonnes pour vous , général ; mais elles ne le sont pas pour moi. Leciel m'est témoin que j'étais venue chez madame Delorme dans l'intention de donner beaucoup mieux qu'un consentement au mariage de sa fille. Je suis généreuse; mon entraînement pouvait aller loin ; mais je puis bien vous jurer que c'est fini.
LE GÉNÉRAL
Vous êtes trop susceptible.
MADAME DE GENNETINES.
Non , non , général. Tout ce qui est manque d'égards , défaut de confiance , tout ce qui blesse mon cœur , me rendrait cruelle si je pouvais l'être. On vient de ce côté ; donnez-moi le bras , je vous prie; nous allons faire un tour de jardin. Il me serait impossible pour le moment de me trouver en face d'aucun de ces visages-là.
(Elle sort avec le général. )