SCENE I
et de temporel ; c'est tout différent des autres services.
LAURENT
Alors on quitte quand ça ne convient pas.
MADAME BOUVARD
On quitte... on quitte... Qu'est-ce qui vous manque ici ?
LAURENT
Comment? madame Bouvard, vous voulez que je voie de sang-froid mettre à la porte toute une brave famille comme celle de Francelet, notre concierge , et ça parce que ce pauvre homme a mangé un restant de ragoût un jour qui s'est trouvé par hasard être un jour de vigile et jeûne?
MADAME BOUVARD
Laurent, Laurent, ah! je vous en prie, si vous ne voulez pas que nous nous fâchions , n'entamez jamais avec moi des matières de cette importance.
Ah ! bast , vous me faites rire avec votre importance. Ces gens-là sont-ils assez riches pour jeter de côté ce qu'ils ont de reste? Ils travaillent dès cinq heures du matin; ils balaient, ils lavent, ils frottent, ils essuient, ils se donnent un mal de galériens , tandis que nous dormons encore bien tranquillement ; est-ce à nous de leur faire un crime de manger ce qu'ils trouvent sous la main ?
MADAME BOUVARD
Faire gras un jour de vigile! pensez-y donc; chez un archevêque ! Laurent, il faut être de bonne foi , c'est trop fort. Monseigneur lui-même est encore à jeun. A propos de ça, je veux savoir ce qu'on lui a préparé pour sou déjeuner. Il va être affamé ; il y a près de deux heures qu'il est dans cette cathédrale ; l'air y est très-vif. ( Elle sonne, uu domestique vient. ) Faites venir le chef. ( Le domestique sort. )
C'est mon bonheur que de voir manger Son Eminence ; pour son âge elle a un estomac si charmant !