SCENE XXI
savoir ce que je faisais. Vous êtes venu avec moi , et nous nous en irons ensemble.
M. DE WORMONT.
Je ne crois pas , car je compte partir dès aujourd'hui.
MADAME DE GENNETINES.
Remettons cela à demain.
M. DE NORMONT.
Je ne plaisante pas , Madame, je ne puis plus rester ici.
MADAME DE GENNETINES.
Ni moi non plus. Que voulez-vous que j'y fasse? Vous me connaissez depuis long-temps ; vous savez combien je suis facile à me laisser séduire par de bons procédés. Si ma sœur, si sa fille, eussent eu l'ombre du sens commun , elles auraient fait de moi tout ce qu'elles auraient voulu. Mais leur ingratitude est trop manifeste ; je ne puis plus les regarder comme de ma famille ; ce sont des ennemies. Non-seulement j'ai à me défendre contre leuranimosité, mais elles ont encore trouvé moyen de l'inculquer à toutes les personnes que je rencontre chez elles. Cela vous gagnerait vous-même si je vous laissais faire , vous qui avez toute ma confiance , et qui ne pouvez me reprocher, quoi donc? qu'une ruse bien innocente que l'amitié
que j'ai pour vous pouvait seule me suggérer. Voyez ce que je deviendrais dans ce moment si je n'avais pas avec moi un ami à qui je puisse parler à cœur ouvert. J'étoufferais.
M. DE NORMONT.
Je crois que vous mettez les choses au pis.
MADAME DE GENNETINES.
Vous êtes trop candide , monsieur de Normont. Quelque sotte que l'on soit , on se rend involontairement justice , et ma sœur a été offusquée de la supériorité que j'ai sur elle. Alors elle a décidé de me garder comme en prison , de me cacher à tous les yeux; ou, si elle me laissait voir quelqu'un , de prévenir tellement ce quelqu'un contre moi que je ne pusse rien faire pour me réhabiliter.
M. DE NORMONT.
Elle m'a toujours parlé de vous dans d'excellens termes.
MADAME DE GENNETINES.
Je le crois bien. Sans avoir d'esprit , on peut avoir de la finesse, surtout de cette sorte de finesselà. Elle devait bien penser que vous amenant avec moi, mon choix avait été décidé par un sentiment quelconque.