M. GIGOT, M. ROBERT
M. ROBERT
Bonjour, mon cher beau-frère. Qu'est-ce qu'on dit donc ? Vous allez être pair de France?
M. GIGOT
Ce doit être à peu près fait.
M. ROBERT
J'arrive de mes forges; je ne me doutais guère de cela.
M. GIGOT
Comme de la famille vous devez vous en réjouir.
M. ROBERT
Pas trop. Je ne sais pas , cela me paraît ridicule.
Allons, voilà le libéral.
M. ROBERT
Non, non; mon libéralisme ne descend pas jusque-là. Il faut bien passer quelques fantaisies à chaque gouvernement. La chambre des pairs est une chose de fantaisie; mais je n'aimerais pas à vous y voir , parce que je n'y trouve pas de raison.
M. GIGOT
Ne suis-je pas un honnête homme ?
M. ROBERT
Ce n'est pas une raison.
M. GIGOT
Suis-je un intrigant?
M. ROBERT
Non sans doute , et c'est ce qui me fait vous dire ce que je vous dis.
M. GIGOT
Puisqu'il y a des pairs de France, il faut bien que quelqu'un le soit.
M. ROBERT
Oui , mais pas vous. D'abord que veut dire pair de France ?
M. GIGOT
Cela veut dire... ccli veut dire... Il me semble que cela veut dire des gens qui sont pairs entre eux , qui sont égaux entre eux , pour parler votre langage.
M. ROBERT
Ce n'est déjà pas vrai ; car, outre qu'il y a des titres qui les séparent, tous n'ont pas au même degré la capacité , les connaissances , voire même l'esprit d'intrigue. Dans tous les corps, il y a toujours des hommes plus ou moins corrompus, vous 1 avouerez.
M. GIGOT
Halte là, monsieur Robert. Je ne dois pas pei-