SCENE II
mettre qu'on parle ainsi d'une institution à laquelle je vais avoir l'honneur d'appartenir.
M. ROBERT
Le prenez -vous sur ce ton, monsieur Gigot? Mon Dieu , qu'à cela ne tienne. J'ai prêché d'exemple; je n'ai jamais voulu être d'aucune corporation, par la raison que je ne pouvais pas choisir mes camarades , et qu'il y a des camarades dont je serais très-fâché de passer pour être le complice.
M. GIGOT
Orgueil que tout cela , envie des supériorités. Le libéralisme n'est pas autre chose.
M. ROBERT
Vraiment , si je voulais me croire supérieur même à vous, qui m'en empêcherait ? Vous espérez quelque chose d'un ministre; moi, je n'espère rien d'aucun d'eux. Ils ne peuvent pas me faire de bien; pour du mal, je ne dis pas. Aujourd'hui le mal est si facile à faire ! En attendant , j'ai le plaisir de dire tout ce que je veux.
Ce plaisir-là est souvent le plaisir de dire bien des sottises.
M. ROBERT
Ce sont du moins des sottises que je pense.
38o PAIR OU NON.
M. GIGOT
Tenez , mon frère , ne nous échauffons pas j parce que dans des temps de politique comme ceux-ci on risque de se brouiller avec les gens qu'on aime le mieux , et qu'une fois brouillés on ne se rapproche plus. Je pourrai peut - être un jour penser comme vous; vous pourrez peut-être penser comme moi; ça nous est déjà arrivé vingt fois; mais nous n'en resterions pas moins brouillés avec des opinions pareilles. Quelle duperie !
M. ROBERT
Ils auront beau vous nommer tout ce qu'ils voudront, vous n'en serez toujours pas moins un brave homme. Ils sentent bien qu'il leur en faut quelques-uns comme cela.
M. GIGOT
C'est déjà quelque chose qu'ils le sentent. Ma parole d'honneur , je n'ai pas d'ambition. S'ils n'avaient pas mis dans leur loi que tous les membres de conseils de départemens pourraient être pairs , l'idée ne m'en serait jamais venue. Songez donc que j'ai des droits; je date de la création.
M. ROBERT
De la création du monde ?
Non ; de la création des conseils de départe-