SCENE III
Gigot. ( A M. Robert. ) Bonjour , monsieur Robert. Imaginez- vous, monsieur Gigot, que mademoiselle Delaroche du Bois de la Tour, qui me quitte, a la certitude qu'il y a plus de mille promesses de pairie comme la vôtre qui courent les rues dans ce moment, et qu'aucune ne sera réalisée. On n'a plus peur , on manque de parole à tout le monde. ( a m. Robert. ) Vous êtes donc ici ? vous vous êtes bien porté dans votre voyage?... S'il en est ainsi, je retourne à la légitimité; c'est comme si c'était fait.
M. ROBERT
Quoi ! ma sœur, vous êtes à ce point maîtresse de vos opinions? Vous pouvez les faire ainsi aller et venir à votre volonté ?
MADAME GIGOT
Comment! aller et venir! On va presque toujours comme on vous pousse. Quand il n'en coûte pas plus que cela pour être pair , on y consent. Mais, outre qu'il est de très -bon goût pour une femme de ne pas sortir de ce qui est légitime , il serait très - ridicule , selon moi , d'aller se cram ponner à un gouvernement dont on ne ferait pas partie. Ce serait consentir à n'être que peuple Qui est-ce qui peut consentir à cela ?
384 PAIR ou NON.
M. ROBERT
Au lieu d'être pair, au lieu d'être peuple, restez spectateur, faites-vous juge.
MADAME GIGOT
Ajoutez donc : Faites-vous républicain.
M. ROBERT
Républicain , si vous voulez.
MADAME GIGOT
Démagogue, terroriste.
M. ROBERT
Terroriste ! Ne l'est pas qui veut ; car cela tenterait bien quelques - uns de nos messieurs d'aujourd'hui. Mais qu'importent les noms ! Vous avez une fille à marier, je commencerais par là.
C'est justement par là que je veux finir.
M. ROBERT
Vous ne craignez pas qu'elle ne se lasse d'attendre ?
MADAME GIGOT
Nous attendons bien , nous.
M. ROBERT
Ce que vous attendez et ce qu'elle attend sont deux choses fort différentes.
MADAME GIGOT
Monsieur Gigot, voyez donc vos prometteurs. Il est inconcevable que des gens que vous m'avez