SCÈNE IL
mens. Après cela , n'allez pas vous imaginer qu'en sortant du château je me croirai un courtisan de Louis XIV ; que le ciel m'en préserve ! ni que j'irai raconter avec emphase , comme je le vois faire à quelques-uns , que le roi m'a dit ceci , que la reine m'a dit cela , que les princes et les princesses m'ont dit autre chose. A quoi bon? Je tâcherai de marier ma fille. J'avais toujours attendu que je fusse dans une position pour penser à l'établir; ce sera le moment. La fille d'un pair de France, voyez-vous! pas pour les gens de votre caractère , mais pour beaucoup d'autres , c'est encore quelque chose. Je suis parti de bien loin : vous avez épousé ma sœur ; vous savez quelle a été notre légitime. Vous avez fait des entreprises , vous avez été heureux ; moi , j'ai fait des entreprises, j'ai tout perdu.
M. ROBERT
Cela n'empêche pas que vous ne soyez plus riche que moi aujourd'hui.
M. GIGOT
Comment suis -je plus riche? C'est grâce à la fortune de ma femme. Je suis un des grands propriétaires de mon département , grâce à ma femme. Vous ne vous faites pas idée combien il est pénible de n'être quelque chose que grâce à sa
38a PAIR OU NON.
femme. Quand je serai pair de France, que diable ! il faut espérer que ce ne sera plus grâce à elle. C'est surtout ce qui m'a tenté.
M. ROBERT
Ce sera en partie grâce à la fortune qui vous est venue par elle.
M. GIGOT
C'est désolant , ce que vous me dites là , parce qu'il y a un fonds de vérité que je cherche à me dissimuler quelquefois. Que vous êtes heureux , mon cher ami , de n'avoir rien reçu de la vôtre ! Vous ne lui entendez pas répéter sans cesse : Ma maison, ma terre , mes gens, ma voiture. C'est au point que quand la mienne dit : Ma fille , je suis quelque temps à me r'avoir avant de penser que j'y suis au moins pour moitié. Si on me nomme pair de France , ce sera bien moi qui le serai pour le coup. Elle ne pourra pas me dire : Ma pairie.
M. ROBERT
Pourquoi pas ?