SCÈNE IV
M. ET MADAME GIGOT
MADAME GIGOT
Qu'il y a de fierté dans cette humilité-là !
M. GIGOT
Je le trouve un peu bourgeois.
MADAME GIGOT
Oui, de ces bourgeois qui se croiront encore plus que vous quand vous serez pair de France. Avec l'engouement qu'on a de nos jours pour le mérite personnel , on détruit l'ordre social sans pouvoir rien mettre à la place.
M. GIGOT
Jusqu'ici Robert n'a pas détruit grand' chose ; mais, de ce qu'il trouve que tout Va de travers, faut-il qu'il dise que tout va bien parce qu'il ne sait pas ce qui viendra à la place ?
On se tait alors.
M. GIGOT
Il ne veut rien ; il faut penser à cela.
MADAME GIGOT
Sans des bavards comme lui, et surtout sans votre infernale liberté de la presse, on ne saurait pas la moitié du mal qui se fait.
M. GIGOT
Si on nous laissait de côté, malgré les assurances qu'on nous a données , vous pourriez bien changer de langage.
MADAME GIGOT
Si on nous laissait décote, dites-vous? Si on nous laissait de côté î ce serait le comble de l'infamie. Au surplus, on peut tout attendre d'une coterie qui ne prêche l'ordre public que pour mettre le désordre partout; qui ne connaît de loi que son caprice , et qui a la fatuité de croire que cela pourra durer long-temps.
M. GIGOT
Vous parliez de la liberté de la presse.
MADAME GIGOT
Tant que la liberté de la presse ne fera que reprocher la violation des engagemens les plus respectables , elle aura raison. Allez donc faire un tour chez ce ministre , et si vous ne pouvez pas l'aborder, voyez au moins dans les bureaux.
J'y pensais.
( Il sort. )