M AD AME GIGOT, SEULE, ENSUITE MADAME DE
GÉNIS et CLÉMENTINE.
MADAME GIGOT
Quelle indolence ! Jamais M. Gigot ne réussira à rien. H y a long-temps que j'aurais dû prendre mon parti là-dessus. Il n'a pas cette activité , cette puissance de volonté indispensables dans un homme politique. J'y aurais suppléé; car je lui dois cette justice qu'il reconnaît ma supériorité. Quand il sera pair, me consultera-t-il encore? Sans doute; l'habitude est prise, et puis cela est dans le caractère. Si le contraire arrivait cependant , notre bonheur pourrait bien en être troublé. Ma fille m'en a déjà faitfaire la réflexion. Il est vrai qu'elle a ses petites raisons pour que ce soit moi qui dispose d'elle. Nous verrons , nous verrons.
MADAME DE CENIS
Eh! bonjour, ma chère. Est-on enfin pairesse ?
MADAME GIGOT
Pas encore, Madame.
MADAME DE CÉïOS.
Tant mieux.
MADAME GIGOT
Tant mieux!
39o PAIR OU NON.
MADAME DE CÉNIS
Sans doute, puisque je viens vous faire une proposition. C'est un mariage pour Clémentine. clémentine.
Alors, Madame, vous n'auriez pas dû m'en-
gager à passer avec vous auprès de maman. Les
petites filles ne doivent entendre parler de ces
choses-là que quand elles sont tout-à-fait arrêtées.
madame de cénis.
Les petites filles comme vous , ma chère Clémentine, peuvent entendre parler de tout. Mes propositions , d'ailleurs , ne sont pas des protocoles ; c'est tout de suite , oui ou non. C'est vous que je veux marier; votre dot ne dépend que de votre mère; vous êtes les deux seules intéressées dans cette affaire, voilà pourquoi j'ai voulu vous réunir. L'établissement est honorable, très-honorable ; reste à savoir si les conditions vous conviendront.
MADAME GIGOT
Quelles sont ces conditions ?
MADAME DE CÉNIS, tirant tin papier de sa ceinture.
Je les ai écrites, j'ai si peu de mémoire; tranquillisez-vous, elles sont fort simples. (Elle lit.) Premier article. Pas de pairie nouvelle, ni titres, ni honneurs , ni emplois qui viendraient de ceci.