SCÈNE IX ET DERNIÈRE. 4o
ANNETTE, en s'en allant.
Ronne nouvelle pour mon ébéniste; c'est lui que j'épouserai.
(Elle sort.) M. GIGOT.
Aussi le gouvernement peut-il bien devenir ce qu'il voudra ; je m'en soucie comme il se soucie de la France. Et ces gens-là prétendent qu'on leur soit dévoué ! Comment donc ! tant qu'ils ne sont pas assurés dans leur position , ils sont charmans à voir ; ce sont des poignées de main , des effusions. «Nous comptons sur vous, répètent-ils à tout venant, nous comptons sur vous..) Oui, mais comptez sur eux, les traîtres! C'est tout comme leurs prédécesseurs.
MADAME GIGOT
Laissez en paix leurs prédécesseurs , monsieur Gigot.
M. GIGOT
C'est absolument la même chose. Ecoutez-les , ils vous diront que c'est très-différent, parce que ce sont eux et que ce ne sont plus les autres. Je donnerais le choix pour une épingle. Et toi , Clémentine ?
CLÉMENTINE
Moi , en fait de pouvoir je ne reconnais que celui de ma famille.
M. GIGOT
Tous les autres sont absurdes.
MADAME GIGOT
Vous n'allez pas par quatre chemins.
M. GIGOT
Le plaisant , c'est de les entendre affirmer que la France est ingouvernable. Qu'en savent-ils ? Dans quel temps ont-ils essayé de la gouverner?
Fort bien. Il ne vous manque plus que de prêcher la propagande.
M. GIGOT
Quand je prêcherais la propagande ! Je ne m'effraie pas des mots , moi. Qu'est-ce que c'est donc que la propagande? C'est de dire aux peuples qu'ils ne sont pas des troupeaux de moutons , et que les rois sont autres que des bergers. Voilà toute la propagande qu'il y a, je n'en connais pas d'autre. Gela me paraît très-raisonnable.
MADAME GIGOT
Vous n'avez pas été qu'au ministère , j'en suis sûre ?
M. GIGOT
J'ai passé aussi chez mon beau-frère en revenant.
MADAME GIGOT
A la bonne heure.