‹ Proverbes dramatiques (volume 5)Chapitre 50 sur 232 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

M. VERMONT

Tout n'est pas désespéré.

MADAME LEDOUX

C'est bien avancé , du moins ; le cœur d'un père cherche toujours à se faire illusion , et vous êtes un si bon père !

M. VERMONT

Tout le monde sait combien j'aime ma fille.

MADAME LEDOUX

Il n'y a qu'une voix là-dessus. Vous aimez madame Lori comme nous aimons notre neveu.

MADAME DURAND

Oui ; mais avec cette différence qu'il n'y a rien à lui reprocher à lui.

MADAME LEDOUX

Ma sœur, ma sœur, vous parlez à un père; il faut avoir des égards.

MADAME DURAND

Des égards ! Eh ! qui vous empêchait d'en avoir plus tôt , ma sœur ? Pourquoi donc alliez-vous de porte en porte clabauder contre ce mariage avant qu'il se fît , et avez-vous continué depuis qu'il est fait ? Je sais que cela ne vous empêchait pas de voir les jeunes gens et de les accabler de caresses. Ce n'est pas manière à moi. Je suis saint Jean- Bouche-d'Or; ce que je dis en arrière, je le dis

aussi devant les gens. Je n'aime pas les trigauderies.

MADAME LEDOUX

Mais, ma sœur, à qui en avez-vous?

M. VERMONT

Vous n'y pensez pas , madame Durand.

MADAME LEDOUX

Son bon cœur l'emporte loin quelquefois. ( a part. ) Qu'elle est méchante !

MADAME DURAND

Ah ! voilà qui est fini. Je n'en veux jamais aux gens des leçons que je leur donne.

MADAME LEDOUX

C'est bien vrai.

Embrassons-nous , ma sœur.

( Elles s'embrassent. ) M. VERMQNT, à part.

Je ne croyais pas qu'elles s'aimassent autant. ( Haut. ) Mesdames , je suis obligé de vous quitter ; nous ne nous reverrons peut-être qu'en assemblée. Je vous recommande 'bien d'apporter dans cette affaire toute la conciliation dont vous êtes capables ; de penser surtout que ce sont nos enfans que nous allons juger, et qu'il faut si bien nous y prendre que nous n'en entendions plus parler.

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