SCENE III
MADAME DURAND, MADAME LEDOUX
MADAME DURAND
Quelle rage avez-vous donc, ma sœur, de vouloir toujours ménager la chèvre et le chou ? A quoi ressemblent toutes les cajoleries que vous faites à M. Vermont ? Un beau chef - d'œuvre de père vraiment ! Que ne restait-il veuf au lieu de se remarier, à cinquante ans, à une coquette dont il ne se souciait plus , et qui le mène comme un Cassandre ? Je crois bien que cette bégueule-là ne peut pas nous souffrir. Nous sommes connues , nous; on sait d'où nous venons. Mais elle! qui est-ce qui a jamais entendu parler de sa famille ?
MADAME LEDOUX
On dit cependant qu'elle est de Paris.
MADAME DURAND
Quel titre de noblesse ! Comment veut - on qu'une jeune personne se conduise bien, lorsqu'un père a la sottise de lui donner une semblable bellemère?
MADAME LEDOUX
Quant à cela , la petite avait de bons commen-
cemens. Vous vous rappelez comme moi les lettres que l'on a interceptées à son couvent. Il est vrai qu'il y a un âge où l'on ne sait guère la conséquence des choses; mais faire faire une fausse clef, consentir à être enlevée, cela passe la permission.
MADAME DURAND
Elle n'était pas mariée alors, et je suis de fort bonne composition pour les filles et pour les veuves ; mais quand on est en puissance de mari , ma
sœur !
MADAME LEDOUX
Eh bien ' ma sœur !
MADAME DURAND
; C'est très-différent.
MADAME LEDOUX
Oui , ma sœur.
MADAME DURAND
Ah ! que je la félicite d'être tombée à un homme comme le sien , un vrai nigaud qui n'a rien vu qu'on ne l'ait forcé de voir ; et de n'avoir pas eu affaire à feu M. Durand , par exemple. Vous vous rappelez quel homme terrible c'était de son vivant ?
MADAME LEDOUX
Et comme vous avez souffert avec lui.
MADAME DURAND
Point , ma sœur. Je me plaignais parce qu'il