SCENE IV. ii
MADAME BOUVARD
Ce n'était peut-être pas très-important.
DENISE
Je crois bien que si , au contraire ; m'est avis qu'il était question de reliques que madame voulait emprunter à monseigneur, pour un grand mal d'yeux qu'elle a depuis plus de huit jours.
LAURENT
Des reliques pour un mal d'yeu», mon enfant!
DENISE
On en avait prêté à madame qui auraient dû être bien bonnes, puisqu'elles étaient de saint Oculi lui-même...
MADAME BOUVARD
Saint Oculi, ma fille! que dites - vous donc? Oculi est le nom d'un dimanche de carême ; il n'y a pas de saint de ce nom-là.
DENISE
Pardonnez - moi, madame Bouvard, il y a un saint de ce nom-là , j'en avais déjà entendu parler; d'ailleurs madame en a des reliques.
MADAME BOUVARD
Ces reliques l'ont-elles guérie ?
DENISE
Non.
MADAME BOUVARD
Voilà tout ce que je voulais savoir.
ia LA MATINÉE D'UN PRÉLAT.
DENISE
Oh ! mais ça ne dit rien. Nous nous cloutons bien à présent pourquoi elles n'ont pas guéri madame ; on les a laissées plusieurs jours dans un tiroir qui sentait le eamphre; c'est à coup sûr ça qui leur a ôté leur vertu.
LAURENT
Regardez - moi bien en face , ma chère petite. Vous ne badinez pas ?
DENISE
De quoi badiner, Monsieur?
MADAME BOUVARD
De grâce, Laurent, taisez-vous.
LAURENT
Du camphre qui ôte la vertu d'un dimanche de carême !
MADAME BOUVARD
Quand on ne sait pas , on peut bien prendre le nom d'un dimanche de carême pour le nom d'un saint; ce n'est pas un péché; il n'y a pas de crime là-dedans; au contraire. Les erreurs de ce genre-là viennent toujours d'un fond respectable. (A Denise.) Tranquillisez- vous, ma belle; je me charge de votre commission auprès de Son Éminence.
DENISE
Vous êtes bien bonne , madame Bouvard. On a parlé à madame des reliques de Sainte - Claire ,