SCENE III
LAURENT
Un haricot de mouton , une révolte !
MADAME BOUVARD
Tout est dans le précepte Abstiens-toi.
LAURENT
Monseigneur s'abstient-il avec le déjeuner qu'il va faire ?
MADAME BOUVARD
Il s'abstient comme un archevêque.
LAURENT
Ceux qui n'ont pas le bonheur d'être archevêques devraient s'abstenir encore moins; ils ne sont pas tenus à donner l'exemple.
MADAME BOUVARD
Laurent , vous me faites frissonner.
LAURENT
Cela ne m'empêchera pas de parler à monseigneur. Ce n'est pas lui qui a renvoyé Francelet , c'est le grand-vicaire. Je m'y prendrai de toutes les façons pour me faire écouter; je verrai du moins ce que Son Eminence me dira.
MADAME BOUVARD
Heureusement pour vous Son Eminence n'est pas trop fine, mauvais sujet, sans cela elle devinerait bien vite d'où vous vient ce beau zèle.
io LA MATINÉE D'UN PRÉLAT.
LAURENT
Achevez donc. N'allez- vous pas dire que je m'intéresse à Francelet parce que je suis amoureux de sa fille ? Il n'y a rien, comme une maison de prêtre pour voir de l'amour partout. Certainement Sophie Francelet est une belle brune ; mais , fût-elle laide comme je ne sais quoi , je n'en trouverais pas moins que le grand-vicaire se môle de ce qui ne le regarde pas.
MADAME BOUVARD
Voulez -vous bien vous taire, imprudent que vous êtes ? Parler ainsi d'un grand-vicaire ! Jésus ! Maria ! j'aimerais mieux dire du mal de tous les saints.