SCÈNE VI
madame LORI, BENJAMIN.
MADAME LORI entre en riant.
Vous n'avez pas le sens commun , mon petit cousin. N'était-ce pas assez de m'amener jusqu'à la porte sans vouloir encore monter jusqu'ici ? BENJAMIN , avec chaleur.
Non, ce n'était pas assez; et si vous aviez quelque amitié pour moi , vous me laisseriez vous servir d'avocat.
MADAME LORI
Le choix serait heureux.
BENJAMIN
Je ne me sens pas de colère en pensant qu'une femme comme vous, ma belle cousine, va comparaître.... devant qui ?
Vous ne vous sentez pas de colère!... Vous êtes un enfant. Qui est-ce qui me forçait de venir , si je ne l'avais pas voulu ?
BENJAMIN
Il fallait ne pas le vouloir. Vous exposer aux sarcasmes de votre belle-mère , aux calomnies des
jo8 LE TRIBUNAL DE FAMILLE.
tantes de votre mari, et à l'éloquence d'un procureur du roi.
MADAME LORI
Gela me fera une bonne scène à raconter ; et nous en rirons plus d'une fois ensemble.
BENJAMIN
Vous êtes heureuse d'avoir votre caractère.
MADAME LORI
C'est à peu près tout le bonheur que j'ai.
BENJAMIN , d'un ton de reproche.
Vous n'en avez pas d'autre ?
MADAME LORI
Vous m'y faites penser : j'ai encore celui d'être la cousine d'un étourdi qui me contrarie sans cesse , et qui ferait fort bien de ne pas rester plus long-temps ici.
BENJAMIN
Vous voulez donc que je m'en aille?
Oui , je le veux.
BENJAMIN
Je vous obéis bien malgré moi. Mais n'allez pas vous laisser intimider au moins.
MADAME LORI
Vous êles fou !
BENJAMIN
Un à un ) tous ces gens-là peuvent faire pitié ;