‹ Proverbes dramatiques (volume 5)Chapitre 83 sur 232 · GEORGETTE, JULES · texte numérisé non relu

GEORGETTE, JULES

JULES

Tiens, Georgette, tu es si bonne fille que, malgré la peine que tu auras à me comprendre , il faut pourtant que tu m'écoutes.

GEORGETTE

Est-ce que c'est encore de politique que vous allez me parler?

• JULES

Oui , ma petite Georgette.

Alors je vais prendre mon ouvrage ; ça vous est égal ?

JULES

Tout comme tu voudras. Je t'aime beaucoup plus que tu ne crois , Georgette.

GEORGETTE, souriant.

Vous disiez que vous alliez parler politique.

JULES

Tu vas voir. La pension que me fait ma mère ix. / 10

j46 la grisette.

pour suivre mes cours à Paris est bien juste ; tu n'es pas logée comme je voudrais ; tu manques de mille choses dans ta toilette , dans ton ménage

GEORGETTE, avec inquiétude.

Où voulez- vous donc en venir, monsieur Jules?

JULES

On trouve que j'écris bien , que mon style a de l'originalité, de l'élégance, du piquant.

GEORGETTE

Je suis fâchée de ne pas m'y connaître.

JULES

Je t'avouerai que , moi , je le crois.

GEORGETTE

'Vous devez savoir cela mieux que personne.

JULES

Par malheur, j'ai trop de conscience.

GEORGETTE

Est-ce qu'on peut en avoir trop ?

JULES

Si j'étais seul, ma chère Georgette , j'écrirais dans toute la franchise de mes opinions; le public, à la longue , verrait bien que je suis de bonne foi ; cela me suffirait. Mais je voudrais te rendre plus heureuse que tu n'es ; et le sort d'un écrivain indépendant offre aujourd'hui plus de dangers que de ressources.

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