‹ Proverbes dramatiquesChapitre 103 sur 255 · MADAME DE BUDENS · texte numérisé non relu

MADAME DE BUDENS

Cela doit être; mais avec Tesprit qu'elle a^ soyez sûr qu'elle n'aura pas manqué de réfléchir quanjourd'hui ce ne serait qu'un attachement stérile. Au surplus, je ne veux rien de force; elle se consultera* Je n'ai pas besoin de vous recommander beaucoup de circonspection y Ahrabam.

ABRAïïAM.

On dirait que madame ne me connaît pas.

MADAME DK RUDENS.

Je vous quitte; Tévéque de Neubrunn m'attend dans mon cabinet; ne perdez pas de temps.

( Elle iurt. ) ABEAHAW j Mm).

Ça ne vaudra jamais madame de Iloseraberg; ça ne se laisse tenter par rien. Je croyais qu'avec une place comme celle que sa fille va avoir, elle allait m'acheter au moins une parure de coiJeur; mais c'est

çi. 13

i94 LA BI8GUAGE.

une chipotière qui est si près regardante ! Je ne conçois pas ce choix-là de la part de la margrave.

(Madame de Walter entre. ) MADAME DE WALTER.

Vous attendez ma mère, Abraham?

ABRAHAM

Madame la comtesse, je viens de lui parler.

MADAME DE WALTER

Vous a-t-elle acheté quelque chose pour moi?

ABRAHAM

Non, madame.

MADAME DE WALTER

Vous n'aviez donc rien à lui montrer?

ABRAHAM

Si fait vraiment. J'avais apporté mon plus bel écrin.

MADAME DE WALTER

Voyons-le.

ABRAHAM , ouvrant son ecrin.

Tenez, madame, regardez-moi ce collier-là. Il n'a peut-être pas son pareil dans le monde pour l'égalité des pierres. Vous me croirez si vous voulez, j'ai mis plus de dix ans à les assortir.

MADAME DE WALTER

En effet, il est bien beau. Je veux l'essayer, (eu^

r«MaiedeYant une glace.) Ce doit étrC cher.

ABRAHAM

Mais non. Je puis le donner pour vingt mille florins, avec les boudes d'oreilles.

IMÈNE III. 19.^

MADAME DE WALTER

Avec les boucles d'oreilles !

ABRAHAM

Si le commerce allait un peu , je ne le donnerais pas pour ce prix-là , assurément.

MADAME DE WALTER

Je le croirais bien. Il jette des feux admirables. Je vais mettre aussi les boucles d'oreilles ; donnez-lesmoi. (EUe les attache.) Commcnt mc trouvcz-vous avec cela?

ABRAHAM

Je ne voudrais pas mentir à madame; madame est on ne peut pas mieux.

MADAME DE WALTER

C'est ce qu'il me semble aussi. Combien ditesvous ?

ABRAHAM

J'ai eu l'honneur de dire vingt mille florins,

MADAME DE WALTER

Et vous m'assurez que c'est bon marché?

ABRAHAM

Un collier comme celui-là, madame , aussi vrai comme je dois mourir un jour, avec des boucles d'oreilles pareilles à celles-ci, je n'aurais qu'à les envoyer en France, je parie tout ce qu'on voudra que je les vends un grand tiers de plus. Ce n'est pas la grosseur des pierres qui en fait le mérite; c'est la pureté , c'est la taille ; et sous ce rapport vous avez ce qu'il y a de mieux. Que madame me fasse le plaisir

de les montrer à qui elle voudra, je défie qui que ce soit de leur faire le moindre reproche.

MADAME DE WALTER

Eh bien ! si c'est ainsi , Abraham , je les prends. Vous n'avez qu'à venir demain ; je parlerai à ma mère.

ABRAHAM

Rien ne presse, madame. A quelle heure?

MADAME DE WALTER

A peu près à cette heure-ci.

ABRAHAM

Une grâce que je demanderai à madame, c'est de n'en dire le prix à personne, parce que, en vérité, c'est donné.

MADAME DE WALTER

3e vous le promets.

ABRAHAM se retouroe avant de sortir.

riomme ils font bon effet !

(Il sort.) MADAME DE WALTER, seule devant une glace.

Je puis bien me permettre cela. Une dame d'honneur! Au bal de ce soir, quel étonnement cela va produire ! D'après quelques mots que j'ai entendus entre ma mère et l'évèque de Neubrunn, on croira peut-être que c'est le margrave qui m'aura fait ce présent. (Elle remue sa tête pour faire briller les diamans. ) C'cSt joH ! Je HC

dirai à personne d'où cela me vient. ( Mademoiselle Kohm entre.) Tcucz, ma bonuc , regardez.

MADEMOISELLE KOHLD.

Oh ! madame , qu'est-ce que c'est que ça ?

MADAME DE WALTER

Ce sont des diamans.

MADKMOISKLLE KOIÏLD.

Je le vois bien; mais d'oii viennent-ils?

MADAME DE IVALTER , d'uo ah myst^riem.

C*est mon secret j ma bonne- Ils sont bien beaux, nVst'îl pas vrai ?

MADEMOISELLE KOflLD.

Madame votre mère les connaît-elle?

MADAME DE WALTER

Pas encore. Je veux ta surprendre* L'évêque (k Neubrnnn désire que j'essaie ma toilette de ce soir, ftfin de pouvoir la juger; le coitfeur et Thérèse sont là-dedans qui m'attendent; dans une demi-heure, je serai resplendissante.

(ElItllOrtO MADEMOISELLE KOHLI),Aeule.

Elle prend son parti bien gentiment, à ce qu^il paraît. Le domestique du comte de Burcsbal ne m'a pas trompé; c'est cela.... Ma foi ! qu^ils s arrangent* Pourquoi aussi monsieur le comte de Walter est-il toujours dans ses doinyint-s a faire de l'agriculture au lien de rester auprès de sa femme? il n'aura que ce qu'd mérite. Eh, mon Dieu! il en sera peut-être fier seulement. Je les vois tous ici; ce qui me ferait rougir jusqu'aux yeux, ça les émerveille. C'est ma pauvre jeune dame que je plains; elle va faire la poupée dans cette cour pendant quelque temps ^ et

puis après..... On dira: C'est avec le margrave

Qu'est-ce que ca ftut \v uiarj^rave? Ce n'est pas nue rxcitse. Que vd dure seulement assez pour que je

|3Liisse ajouter (|iielqiies petites choses à ce que j'ai déjàj je me retirerai avec bien du plaisir (Fun gâchis

:iUSSi révoltant, (BiUrentreO

Votre servitetu^, mademoiselle Kolild.

MADEMOISELLE KÛIiLD.

Quoi! c'est vous, monsieur Biber! quel boa vent vous amène?

BIBER

Hélas ! mademoiselle Rohid ^ je viens à vous comme à une providence. Madame de Rosemberg va faire de grandes réformes dans sa maison ^ à coup sur; votre maîtresse j au contraiie, doit penser à augmenter la sienne j si elle avait besoin d'un chasseur..*.

MADEMOISELLE KOHLD. *

Elle doit être bien désolée, cette pauvre madame de Rosemberg, dites-moi donc un ]3eu; avoir été tout dans cette cour, et puis n*ètre plus rien!

BIBEK.

Dans un sens, elle est plus malheureuse que moi ; elle ne peut servir qu'une princesse, au lieu qu'un chasseur....

MADEMOISELLE KOHLD.

Je ne sais pas encore si nous en prendrons un. Ce serait terrible pour vous si nous n'en prenions pas; car les places de chasseur sont rares.

BlBER,

C'est vrai. Il n'y a guère que les gens en place qui en aient; voyez cotnmt* c'est solide. Servir des gens en service, vous avez ileux chances à craindre, ou qu il Yousï chassent, ou qu ils soient chassés*

Page 1