SCENE lY
LOUISE
Vous êtes drôles, vous autres messieurs, vous croyez qu'on ne peut pas vivre sans amoureux.
RODOLPHE
Biber est-il toujours ici?
LOUISE
Biber le chasseur ?
nODOLPHE,
Il n*y en a pas trente-six dans cette maison.
LOUISE
M*idame voulait le renvoyer ce matin,
RODOLKHfcL
C'est tout simple; ma sœur doit être tentée de ienvoyer quelqu'un; mais tu aimeniis mieux que ce fût un autre que Biber, toi,
(La ctïtnleiita enlri;. ) Lk COMTESSE, k Louiwr.
Mon fi'ère est ici, mademoiselle, et vous ne venezi pas m'avertir?
BODOiPIlE.
Cest moi qui la retenais , ma sœur.
LOUISE
Sans cela, madame •
LA COMTESSE
Cest bon, cLoai»e sort.) J'ai eu bien de la peine k vous faire venir, Rodolphe.
RODOLPHE
Mon service m'a retenu toute la semaine.
LÀ COMTESSE
Ne peut-on pas se faire remplacer? Vous n'îgno-
riez pas combien j'avais besoin de consolations.
RODOLPHE
Il y a des chagrins que je conçois si peu ! A votre place, je serais enchanté de ce qui vous arrive.
LA. COMTESSE
Vous ne pouvez pas savoir Pattachement que j'avais pour la princesse.
Ni vous non plus, ma sœur; ne cherchez pas à me faire croire que ce soit la passion qui vous subjugue. Que vous soyez de la cour, passe; dans nos petites principautés, tout le monde en est; mais pourquoi vouloir en être plus que tout le monde?
LA. COMTESSE
On ne peut pas lutter avec vous; vous avez puisé dans votre université d'Iéna des principes si étranges! Une cour vous paraît une monstruosité.
RODOLPHE
où avez-vous vu cela? Ne suis-je pas moi*méme dans une cour? Ne suis-je pas attaché à un souverain?
LA COMTESSE , avec ironie.
Quel souverain !
RODOLPHE
Ah! par exemple, ma sœur, je ne souffrirai pas qu'on attaque celui-là; il est tput-à-fait selon mon cœur. Son palais n'est pas, il est vraij le refuge de toutes les inutilités de ses Etats; on n'y tient pas école de fourberies et de mendicité ; nous n'a-
SCeXB IV. 22S
Tons pas été Qn Asie puiser cet amour du maître que vous étalez chez vous; mon prince ne veut pas être dupe ; mais quand on a un vrai mérite , on est toujours sûr d'être bien accueilli par lui.
Un prince doit d'abord commander le respect, mon frère.
RODOLPHE
Tout peut se commander, ma soéUr, ce n'est pas là la difficulté.
LA COMTESSE
Je cherche de quels honneurs on vous a comblé pour vous avoir rendu aussi fanatique.
RODOLPHE
Mon prince n'a jamais eu la prétention de faire des fanatiques ; il a trop d'esprit pour espérer qu'on l'aime en dépit du bon sens.
LA COMTESSE
Cela doit faire une cour bien gaie.
RODOLPHE
Pour vous, elle serait à mourir de rire. Nos jours de réception, par exemple, sont de vrais jours de comédie. De toute son éducation d'étiquette, notre bon souverain n'a retenu que la nécessité, en pareille circonstance , de parler au plus grand nombre de personnes qu'il est possible. Mais comme rien de ce qui est futile ne peut captiver long-temps son attention, il saboule le petit protocole de phrases qu'il a à distribuer, de façon, très-souvent, qu'aucune ne tombe juste. Il ne sait pas ce qu'il dit; on