‹ Proverbes dramatiquesChapitre 116 sur 255 · SCENE IV. 2ld · texte numérisé non relu

SCENE IV. 2ld

bourg Saint-Luc ; c'est une bonne commission que je vous donne.

BIBER

Si je passais en même temps chez madame de Walter pour me dégager ?

LOUISE

Ne précipitons rien ; attendons ce que deviendra la maladie du margrave.

BlBER.

Comme vous voudrez.

(Il sort.) LOUISE, seule.

C'est commode d'être une grande dame! Oh! c'est très-commode. On est dans le chagrin , dans les regrets, dans les larmes; et puis il vient un président qui vous dit : « Mais il ne faut pas vous affliger ainsi; vous vous tuerez. — Ah! vous avez raison, je n'y survivrai pas. C'est dans tous les momens , c'est jusque dans la moindre chose que je sens toute l'horreur de ma position. Il y avait là, encore tout à l'heure, un brave homme que j'aime beaucoup, le maître de poste de Staurbach, qui demande la chose du monde la plus simple. Eh bien ! je suis obligée de lui répondre que je n'y peux plus rien. » Là-dessus on essuie quelques larmes. Le président, qui entend à demimot , demande quelle est cette chose du monde la plus simple ; on ne sait pas si le maître de poste n a pas laissé un papier ; on le cherche négli" gemment; on finit par le trouver, et on remet au président le placet que j'avais donné ce matin. Je riais de tout ce manège, à travers la serrure,, et

de madame et de ce président qui est bien le plus grand comédien ! « Ne vous inquiétez pas , madame la comtesse , reprend-il , je voudrais que tous vos déplaisirs ne fussent pas plus difficiles à calmer que celui-là. Votre protégé sera satisfait. » Il semblait de part et d'autre que c'était de la bonté d'âme toute pure. Ce sont d'agréables manières , il faut en convenir. Nous ne pourrons jamais les imiter, nous autres ; c'est là où est la séparation.

( Rodolphe entre. ) RODOLPHE.

Ah! voici ma petite Louise. Il faut que je t'embrasse.

( n rembrasse. ) LOUISE.

De grâce, monsieur, ne me tutoyez pas ici.

Tu es donc toujours la même ? Pourvu qu'on ne te tutoie pas, le reste t'est égal. A.h oà, dis-moi, ma sœur m'a écrit qu'elle était en disgrâce ; est-ce que cela lui fait autant de peine qu'elle me le dit?

LOUISE

Mais dame, monsieur, il faut être juste; c'est un fier rabat-joie.

RODOLPHE

Nous ne nous ressemblons guère. Elle est riche , elle est veuve; elle pourrait être libre comme l'air; et elle se plaît à tressaillir de peur depuis le commencement de l'année jusqu'à la fin, sans autre compensation que le plaisir d'être esclave.

LOUISE

C'est bientôt dit.

SCEIVE IV. 221

RODOLPHE

Ali ! que je me sais bon gré d'avoir changé de pays! Si je fusse resté ici, elle aurait peut-être fini par me faire partager toutes ses angoisses.

LOUISE

C'est possible; mais aussi au lieu de n'être que capitaine chez votre prince

RODOLPHB.

Elle m'aurait protégé, n'est-ce pas? Un soldat doit se protéger lui-même; et tous ces officiers faits par des femmes ou par des prêtres, c'est bien peu de chose, selon moi.

LOUISE

Il n'en aurait été que ce que vous auriez voulu ; vous seriez du moins resté dans votre air natal.

RODOLPHE

Les États de mon prince sont si près de ceux-ci, que je ne crois pas que l'air ait beaucoup le temps de se renouveler en passant de l'un dans l'autre. Mais parlons un peu de toi. Qui e^t-ce qui te recherche en mariage dans ce moment?

LOUISE

Je ne vous comprends pas.

RODOLPHE

Oui. N'est-ce pas comme cela que tu dis ?

LOUISE

Monsieur Rodolphe, vous ne vous apercevez pas que vous me tutoyez encore.

booolphje:.

Pardon, pardon. Es-tu toujours bien avec ma sœur?

Pas trop , monsieur Rodolphe , surtout depuis sa disgrâce

RODOLPHE

Je te défends de me parler disgrâce. Parbleu ! je vais en être assez rebattu.

LOUISE

Madame devient près regardante, près regardante

RODOLPHE

Pauvre enfant !

LOUISE

Si madame n'était pas madame votre sœur

RODOLPHE , l'erabiassant.

Il faut que je t'embrasse pour ce bon sentiment-là.

LOUISE

Je crois que vous perdez la tête.

RODOLPHE

£h bien ! si madame n'était pas madame ma sœur, tu la quitterais donc?

LOUISE

Ma fine ! monsieur Rodolphe , je crois que oui. Toujours des hauts et des bas, des douceurs et des rebuffades, c'est fatigant. On aimerait mieux tout un ou tout autre : on se déciderait, du moins.

RODOLPHE

C'est comme à la cour, ma petite Louise; ma sœur en est là aussi avec sa princesse. Dis-moi donc le nom de ton amoureux.

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