SCENE IV
grand-maréchal se met en frais ; ce sera superbe. Madame de Walter croit qu'il n'y aura qu'elle qui aura du rouge; nous en aurons toutes. On sait^ de ce matin , que c'est le goût du margrave,
LA COMTESSE, sèchement.
Et vous avez compté s^r mes pierreries pour ce bal? .
SOPHIE
Mais oui. Comme vous n'irez pas, vous, ma
cousine ( La comtesse (ait encore un mouvement. ) MoU COUSiu ,
voyez donc , votre sœur a l'air d'avoir de l'humeur.
RODOLPHE
Pas le moins du monde; mais c'est que vous ne savez pas que ces pierreries sont disgraciées aussi.
SOPHIE
Moi, je n'y mets pas de finesse. Si l'on ne savait pas que madame de Rosemberg est une personne à part , qu'elle n'aspirait qu'à recouvrer sa liberté , je n'aurais pas parié aussi franchement. A la cour , il n'y a qu'une voix sur son compte; on est émerveillé de son courage et de sa résignation; la princesse même n'a pas pu s'en taire.
LA COMTESSE , avec empressement.
Qu'est-ce donc qu'a dit la princesse?
SOPHIE
Vous savez comme elle peint d'un mot.
LA COMTESSE
Elle a ce talent-là au suprême degré.
SOPHIE
Ce matin on parlait de vous.
LA COMTESSE, avec la plus viYaiaipaUeQce.
La princesse a donc dit
SOPHIE
Attendez que je me rappelle bien ses paroles. Voici : c( Rien ne m'étonne de la part de madame de Rosemberg; j'ai toujours remarqué qu'elle avait plus de fermeté dans le caractère que de sensibilité dans
le cœur. » (La comtesse paraît prête à se troarer mal.) Il y avait là
plusieurs personnes qui aiment beaucoup ma cousine, et qui ont trouvé que c'était un bel éloge. Ah ! c'est que la fermeté, c'est si rare !
LA COMTESSE, bas k son frère.
Au nom du ciel ! Rodolphe, faites qu'elle s'en aille; elle me tue.
RODOLPHE , attirant Sophie ^ un coin du théâtre.
Ma cousine Sophie, vous n'avez pas remarqué une chose ?
SOPHIE
Non. Qu'est-ce que c'est ? Je remarque très-peu en général.
RODOLPHE
Ma sœur est excessivement modeste, et vous venez de la blesser en Élisant son éloge devant elle.
SOPHIE
Elle voulait savoir ce qu'avait dit la princesse.
Elle espérait peut-être que ce serait quelque du-
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reté, et au contraire. Laissez-la se remettre, et si je réussis à obtenir une de ses parures , j'irai vous la porter moi-même.
SOPHIE
Il n'y a pas de femme comme ma cousine, il faut en convenir.
(Elle M>rt.) LA COMTESSE.
J'aimerais mieux avoir affaire à une ennemie déclarée qu'à une sotte pareille. Que lui avez-vous (îonc dit pour m'en débarrasser si vite?
RODOLPHE
Que vous trouviez trop flatteur le jugement de la princesse sur vous, et que votre modestie s'en était alarmée.
LA COMTESSE
Y pensez-vous ? Elle va reporter cela partout.
, RODOLPHE
£b bien ! tant mieux.
C'est m'ôter tout espoir.
RODOLPHE
J'ai été au plus pressé. Vous vouliez qu'elle s'en allât, elle s'est en allée.
LA COMTESSE
Mais concevez-vous cette princesse qui m'accuse d'insensibilité ? Elle qui n'a jamais aimé personne , que pensait-élle donc? Que je devais mourir de chagrin d'avoir perdu ses bonnes grâces ?
252 LA 9I«aBAC£.
RODOLPHE
C'est possible.
LA. COMTESSE , d'une voix très-ànue.
Soyez tranquille, mon frère; je saurai prendre mon parti. Je voyagerai.
RODOLPHE
c'est très-bien vu.
TA COMTESSE
Je me soustrairai par-là à mille tracasseries.
RODOLPHE
A des désagrémens sans nombre.
A. tnon retour, si je vais chez Son Altesse, ce nç sera qu'en visite.
RODOLPHE
C'est suffisant.
LA COMTESSE
Un caprice m'a ôté sa faveur, un caprice, qui sait?....
RODOLPHE
Pourrait vous la rendre? Ne le désirez pas.
LA COMTESSE
Ah ! si cela m'arrivait... Mais d'où vient donc que mes jambes tremblent ainsi ? Je ne puis pas me soutenir.
(Elle s'assied.) RODOLPHE, effraye.
Ma sœur, vous trouveriez- vous mal?
LA COMTESSE
Non, non; c'est de l'indignation. Voua serez con-