‹ Proverbes dramatiquesChapitre 123 sur 255 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

On savait que madame de Rosemberg s'arrêterait quelques heures chez madame Schwarz, et on comptait qu'il arriverait à votre courrier ce qui lui est arrivé, c'est-à-dire qu'il reviendrait sans réponse. »

LA COMTESSE

Personne ne pouvait savoir que je m'arrêterais chez madame Schwarz; je ne le savais pas moimême.

MADAME DE FURTZBOUKG.

Qu'est-ce que cela fait? Il fallait bien lui faire un mensonge, puisqu'elle n'avait pas voulu croire la vérité.

Pardon, pardon.

MADAME DE FURTZBOOBG.

L'essentiel pour moi était d'arriver à madame de Walter, que j'ai peinte des couleurs les plus séduisantes.

LA COMTESSE

Très-bien ! Je comprends.

MADAME DE FURTZBOURG.

Sans nommer positivement le margrave, j'ai fait entendre que les Rudens comptaient sur une puis-» santé protection.

LA COMTESSE

Est-ce que réellement il penserait à madame de Walter?

MADAME DE FURTZBOURG.

Pauvre prince ! il avait bien déjeûné. Vous savez que

sa marotte c'est Louis XIV de France. L'évêque était là qui ne tarissait pas sur les perfections de madame de Walter. Louis XIV a eu des maîtresses en titre. C'e3t ce qui est le plus facile à imiter. Quelques contradictions de ce bon apôtre de président ^ qui ne voulait pas perdre son droit de contrôle, sont venues se jeter à la traverse; le margrave s'est piqué au jeu; il a demandé ce bal au grand- maréchal; vous savez le reste.

LA COMTESSE

La margrave s'est alarmée; elle a craint que cela ne devînt sérieux.

MADAME DE FURTZBOURG.

On vous aurait déjà écrit pour vous rappeler, si je n'avais demandé la permission de vous voir auparavant, afin d'être bien sûre que, dans l'état de souffrance où je vous ai représentée , cette nouvelle ne vous donnerait pas une trop violente émotion. On se lamente d'avoir été si cruelle envers vous; vous êtes une victime des plus odieuses machinations ; on vous doit une justice éclatante; on vous la rendra. Vous serez obligée de tempérer vous-même le triomphe qu'on vous prépare. (EUeritauxUrmes.) Ah! mon Dieu, mon Dieu, qu'est-ce que c'est que des princes?

LA COMTESSE

" Pour comble de bonheur, c'est à vous que je devrai un aussi grand bienfait, à vous qui, si vous l'eussiez voulu, pouviez me supplanter si facilement.

MADAME DE FURTZBOURG.

Je vous répète que je n'y ai aucun mérite. Grâce à

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la tournure de mon esprit, je traite d'égale à égale avec votre princesse ; j'aime assez cela. Aussi ne voudrais-je pas lui demander la moindre faveur, de peur de rompre cet équilibre; mais à vous je vous dirai ce que je veux; c'est comme cela que je m'arrange. Les princes ont toujours la peur et le besoin d'être menés; je ne me soucie pas de m'en charger; tout ce que je cherche, c'est d'avoir de l'influence sur ceux qui les mènent. De cette façon , j'ai les bénéfices sans les charges. Le président m'a déjà fait payer cent mille florins de dettes; cette fois -ci, ce sera votre tour.

LA COMTESSE

Vous ne doutez pas du plaisir.... *

MADAME DE FURTZBOURG.

Je ne doute de rien. L'essentiel à présent, c'est que vous mettiez du rouge pour cette première entrevue. Le rouge, au moment où je vous parle, est la grande affaire de la cour. Cependant, toutes réflexions faites , n'en mettez pas encore; vous serez plus intéressante. Adieu. La lettre de la margrave ne se fera pas attendre. Tenez-vous prête, et n'oubliez pas que vous étiez aux portes du tombeau.

LA COMTESSE

C'est un peu vrai.

MADAME DE FURTZBOURG.

Eh bien! vous n'en serez que mieux dans votre rôle.

( Elle sort ; la comtesse la reconduit avec tous les signes de la plus vive reconnaissance. )

LA GOI|TESSE , aprèi qudques bmimos de rattexion.

Ceci ne cache- t-il aucun piège? Ofa ! non. Madame de Furtzbourg a une conduite assez légère; elle s'en sauve par beaucoup d'esprit; mais elle ne tiendrait pas un mois à la cour; elle le sent bien. La cour est un pays si perfide ! on n'y est entouré que d'envieux ; aussi^ ma résolution est bien prise; si j'y rentre, je ne veux plus m'en éloigner un seul instant. (EUe sonne; Louise ptniit.) Venez m'habiller.

( EU« entra dans «on appartement. ) LOUISE, seule.

Nous revoilà sur pied. (Eiie regarde sa bague.) Cc diamaut ne sera pas le dernier présent que j'aurai reçu ici. C'est une habile femme que madame de Furtzbourg. Pas une distraction , pas une émotion. Elle n'a eu garde de parler de la haine qu'elle a contre madame de Walter, qui lui a enlevé le mari qu'elle destinait à sa nièce , ni des vues qu^elie a à présent sur monsieur Rodolphe. Elle est comme toutes les personnes franches , elle ne dit que la moitié de ce qu'elle pourrait dire; c'est déjà beaucoup.

( Elle sort. ) '

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