‹ Proverbes dramatiquesChapitre 130 sur 255 · C£NE V. S · texte numérisé non relu

C£NE V. S

doit cette preuve de dévouement. Les méchantes gens que ceux qui nous entourent ! Que veulent-ils ? Jamais princesse n'a été moins exigeante que moi pour ceux qui l'approchent, (sue sonne. ) Jamais aucune n'a eu plus d'égards pour ses gens (eiieionne)^ plus de politesse et de considération , j'ose le dire , pour les

hautes familles. ( Elle sonne ayec violence } la dame d'atour paraît. ) PoUr-

quoi donc ne venait-on pas ?

LA DAME DATOUR.

Princesse , il n'y avait que moi là-dedans.

LA MARGRAVE

Quand je sonne , c'est pour tout le monde. Qu'on fasse promptement porter ce billet chez madame de Rosemberg.

( La dame d'atour prend le billet et s'en va. ) MADAME DE FURTZBOUR6.

Je crains vraiment que cette agitation ne fasse du mal à Votre Altesse.

LA MARGRAVE

Hélas!

MADAME DE FURTZBOURG.

Il vous est si facile de punir la bassesse de madame de Greenschloff et la coquetterie de madame de Walter, sans même en paraître instruite.

LA MARGRAVE

Expliquez-vous.

MADAME DE FURTZBOURG.

On parle d'une mission à Vienne.

LA MABGRAYE.

Oui; fort importante même.

MADAlfE DE FURTZB0UR6.

Madame de Greenschloff la sollicite vivement pour son frère. Que Votre Altesse y fasse nommer monsieur de Walter , à qui on insinuera d'emmener sa femme. Une mission peut se prolonger tant qu'on veut.

LA MARGRAVE

Mais monsieur de Walter est-il d'étoffe à faire un ambassadeur ?

MADAME DE FCRTZBOURG.

Monsieur de Walter ! monsieur de Walter a toutes les formes de la diplomatie ; une tête longue j une figure qui ne dit rien , ime honnête corpulence, de gros mollets. On chercherait long-temps, je crois, avant de trouver un homme mieux conditionné pour cet emploi.

LA MARGRAVE, gaiement.

Si cela est ainsi, sa femme ira coqueter à Vienne; le théâtre sera plus digne de sa beauté.

MADAME DE FURTZBODRG.

De retomber sous la dépendance de son mari, c'est ce qu'elle redoute le plus. (Riant.) Elle ne pourra s'y résoudre, et elle pleurera jusqu'à ce que sa mère consente à l'accompagner.

LA MARGRAVE , riant.

C'est parfait.

MADAME I^ FURTZBOURG, riant.

Et madame de Greenschloff!

SGEMK V. 240

LA MARGRAVE, riant.

Cela les brouillera à la mort. (s^ieueBMnt) Madame de Furtzbourg, je ne connais que vous qu'on puisse comparer à madame de Rosemberg. Mais vous tenez à votre liberté ; je le conçois : vous voyez trop vite et trop loin pour vous plaire à la cour. C'est dommage. Allez la trouver de ma part , cette chère amie. Dites-lui qu'elle ne tienne pas compte de mon dernier billet; que tout reste convenu comme je lui avais écrit d'abord. C'est le grand-maréchal qui doit l'aller prendre chez elle.

IfADAME DE FURTZBOURG.

Véritablement vous la comblez.

^EUe sort. Un moment après , arrivent précipitamment la dame d'atour er les antres dames qui se rangent derrière la margrave. On entend an dehors une voix crier : Le margrave ! Il entre accompagne du grand-marëchal et suivi du comte de Burcshal et d'antres courtisans. )

LE MARGRAVE

M'excuserez-vous , madame , si je romps l'étiquette en venant moi - même vous offrir la main pour vous conduire au bal?

LA MARGRAVE

Chaque preuve de votre attachement n'ajoutet-elle pas à mon bonheur ?

LE MARGRAVE

On ^vait dit que ce bal ne vous convenait pas.

LA MARGRAVE

J'aurais changé d'idée en apprenant votre prompt rétablissement.

LE MARGRAVE

^ Des paroles si gracieuses donnent un prix nouveau

280 LA mSOBACE.

à votre complaisance. Le rouge vous sied à ravir. Je regrettais que vous l'eussiez abandonné.

LA MARGRAVE

Pourquoi ne pas vous en être expliqué avec moi directement ? Vous entendez : directement ; car il y a beaucoup d'intrigans dans cette cour.

LE MARGRAVE

Madame ^ il y en avait aussi beaucoup à la cour de Louis quatorzième de France.

LA MARGRAVE

Ce n'est point en cela qu'elle mérite d'être imitée. Pour moi , j'aime à déclarer hautement ce que je pense. (Augrand-marëcbai.) Mousicur Ic graud-maréclial 9 j'approuve que vous n'ayez pas invité madame de Rosemberg. Dans la disgrâce où on la supposait ^ votre discrétion à cet égard était du respect pour moi, et une attention délicate pour elle; mais je veux qu'on sache que les intrigans, loin d'être parvenus à lui faire perdre ma confiance, n'ont fait qu'augmenter l'amitié que je lui porte. Je l'ai moimême invitée en votre nom.

LE GRAND MARÉCHAL

Quelle bonté ! quelle générosité !

LA MARGRAVE

Je lui ai fait dire que vous iriez la chercher.

LE GRAND MARÉCHAL

Votre Altesse a prévenu mes vœux les plus ardens^ et je serai le premier à féliciter madame de Roscm-

6CÈME Y. Wî

berg d'un bonheur dont tout le monde se réjouira comme moi.

LE MiUGRAVE.

Yous exagérez^ grand-maréchal; jamais tout le monde ne se réjouira qu'une place que Ton croyait vacante ne le soit pas. (AianurgraTe.) Je suis charmé de vous voir rappeler madame de Rosemberg , surtout à cause des sollicitations dont on a dû vous accabler.

LA MABGAAYE.

Moi ! c'est de votre main que j'avais reçu madame de Rosemberg; j'aurais reçu avec la même soumission toute femme qui aurait fixé votre choix. On avait parlé de madame de Walter.

LE MARGRAVE , tivte quelque embarras.

Ah ! on avait parlé de madame de Walter?

LA MARGRAVE

Oui , on avait parlé ; trop peut-être... afin de la desservir.

LE MARGRAVE

C'est bien possible.

LA MARGRAVE

Je regarderai toujours comme un de mes devoirs de protéger la réputation d'une femme trop jeune pour deviner jusqu'où peut aller l'envie et la médisance; et je demanderai pour elle, à Votre Altesse, une faveur qui la couvre de notre estime.

LE MARGRAVE , donnant la main à la margrave pour la conduire au bal.

Cette faveur vous est accordée d'avance. Je voua trouve d'une beauté à ne vous rien refuser.

( Ils sortent ; toute la cour les suit. )

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