SCENE VI
LOUISE
Je ne voudrais pas l'affirmer ; mais le bruit a couru que la vieille madame Miller, notre femme de charge, s'était comme arrangée.
LA COMTESSE
Je la leur cède de bon cœur ; mais vous vous informerez cependant de ce qu'il en est. Voyez si ma voiture est prête.
(Louise sort. Itoodolphe entre. ) RODOLPHE.
Je vous fais mon compliment, ma sœur; tout ici a un air de résurrection.
LA COMTESSE , donnant k son frëre les deux lettres de la margraye.
Venez, venez, mon frère. Tenez , lisez. Deux lettres de la princesse depuis le peu de temps que vous m'avez quittée! Elle m'attend! Vous voyez qu'elle m'attend. Madame de Furtzbourg s'est conduite avec un dévouement! Ah! mon cher Rodolphe, il faut lui rendre justice.
RODOLPHE
A présent que vous êtes contente , je rendrai justice à qui VOUS voudrez.
LA COMTESSE
Il est vrai qu'avec une princesse comme la nôtre , on est toujours si bien venu en montrant des sentimens nobles et généreux! Mais il faut que je vous quitte ; mes momens ne sont plus à moi.
LOUISE, annonçant.
Madame la comtesse de Furtzbourg.
2tt4 LA BISGRACE.
LA COMTESSE , allant au-devant de madame de Fartabouiy.
Deux lettres ! deux lettres ! Elle m'a écrit deux lettres !
MADAME DE FURTZfiOURG.
Je le sais, je le sais , mais mettez du rouge. Je suis chargée de vous dire de ne tenir aucun compte du second billet; c'est décidément au bal que se fera votre entrevue , afin d'éviter les trop grandes émotions, et d'ajouter encore à votre triomphe. Le grandmaréchal va donc venir vous prendre : je vous dis qu'on veut vous accabler. C'est une recherche de soins , de prévenances. Déjà votre belle-mère a reçu défense de se présenter devant nous, pour la punir d'avoir fait un instant cause commune avec vos ennemis. Le bon prélat sera traité de même ; et quant à la Walter, nous l'envoyons à Vienne, à la suite de son mari , en lui souhaitant tout le bonheur qu'elle doit trouver dans un pareil tête-à-tête.
RODOLPHE
C'est d'une bonté qui passe toute expression.
UN DOMESTIQUE , annonçant.
Son Excellence monsieur le grand-maréchal.
( Il sort. ) LE GRAND-MARÉCHAL.
Je viens vous enlever, charmante comtesse; j'en ai reçu l'ordre de la bouche même de notre maîtresse adorée.
LA COMTESSE
Que vois-je ? vous avez le grand cordon , monsieur le maréchal !