SCENE TI
LOUISE
Ah ! si vous allez me parler de tantôt....
BIBER
La chaise de poste de monsieur est prête.
LOUISE
Bon voyage , monsieur Rodolphe,
RODOLPHE
Bonsoir y Louise.
( Il sort en riant. ) BIBER.
Me voilà bien planté, moi , avec la démarche que Vous m'avez fait faire chez madame de Walter,
LOUISE
Qui est-ce qui dit que vous avez fait une démarche? C'est bien plutôt madame de Walter qui en a £ait faire auprès de vous ; mais vous n'avez voulu entendre à rien , par l'extrême attachement que vous avez pour madame. La preuve, c'est cet argen;: qu elle m'a chargée de vous remettre en récompense de votre bonne conduite.
BIBER , prenant l'argent d'un air stupéfait.
A moi?
Sans doute , à vous. Un sujet fidèle et dévoué , c'est si rare.
BIBER
Parle donc raison , Louise. Quand bien même tu aurais fait un conte à madame, notre femme de charge, qui sait la vérité, ne manquera pas de la lui dire.
LOUISE
Elle sera bien reçue , elle qui a eu l'ingratitude de vouloir nous quitter pour offrir ses services à nos plus mortelles ennemies.
BIBER
C'est trop fort. Qui est-ce qui voudrait d'elle, à l'âge qu'elle a ?
LOUISE
Enfin , comme je suis chargée de prendre des informations là - dessus , vous entendez bien que la vérité ne sera que ce qu'elle doit être. (EUerit.) Grand nigaud ! je crois qu'il se fait des scrupules. Vous avez été chez madame de Rudens parce que vous avez cru de votre intérêt de vous tourner de ce côté-là. Madame de Greenschloff , l'évêque deNeubrunn, le président , le grand-maréchal , tous les gens de la maison jdu margrave n'ont-ils pas fait de même ? A présent que madame a repris sa place, c'est à qui va s'en défendre. Mais , sans aller chercher si loin , madame qui , au moment que je vous parle , est peutêtre dans des protestations de tendresse magnifiques auprès de sa maîtresse , que n'en a-t-elle pas dit ce matin ? Qu'elle était dure, qu'elle était sèche , qu'elle n'avait jamais aimé personne ; la faveur lui revient , elle change de langage. Ne faisons-nous pas de même ?
IL n'y a pas deux espèces d'antichambres.