SCÈNE XV
MADAME DE QUERVILLE, madame D'ORCY.
. MADAME DE QUERVILLE.
Monsieur de Querville devient tout-à-fait despote.
MADAME D'ORGV.
N'importe, mon enfant, ne fais toujours pas cette folie.
MADAME DE QUERVILLE.
Vous craignez que cela ne m'incommode?
98e L'ENSEIGIf EMENT MUTUEL.
MADAME D'OBCT.
C'est au moios inutile.
MADAME DE QUERVILLE.
Si VOUS saviez combien il était pressant ; je ne l'ai jamais vu si aimable.
MADAME D'ORCT.
A la bonne heure ; mais j'ai des raisons, vois- tu?
MADAME DE QUERVILLE.
Des raisons pour m'empêcher de faire une promenade en calèche?
MADAME D*ORCT.
Oui.
MADAME DE QBERVILLE.
Vous ne pouvez pas me les dire, ma tante ?
MADAME D*ORCY.
C'est sur la pointe d'une aiguille.
MADAME DE QUERVILLE.
Mais encore ?
MADAME D*ORCY.
Il n'y a rien de plus simple que d'aller à la rencontre d'iui cousin. £h bien! je parie que mademoiselle Lefèvre en fera la remarque. Elle se rappellera que tu as toujours été languissante depuis que nous sommes à la campagne; qu'à peine es-tu sortie deux fois dans le jardin ; que tout à l'heure encore tu étais au moment de frire bassiner ton lit pour te coucher. Mademoiselle Lefèvre a la prétention d'être fine,
SCikilG XV. 987
c est-à-dire qu'elle interporète tout malignement; elle va p^it-être s'imaginer.... Que sais-je ?
MADAME DE QtlERYILLE, d'une Toix mal assurée.
Vraiment, ma tante, s'il en était ainsi, on n'oserait plus remuer.
MADAME D'ORCY.
Ernest , il faut l'avouer, prête beaucoup aux interprétations. Tu ne t'en es pas aperçue; il est, avec les femmes, d'une exaltation qui va quelquefois jusqu'au ridicule. Vous êtes parens; avec toi j'y prends moins garde ; mais partout où il va d'habitude , on jurerait qu'il est amoureux de la maîtresse de la maison.
MADAME DE QUERVILLE.
Partout où il va?
MADAME D'ORCY.
C'est un calcul que font beaucoup d'hommes. Que risquent-ils ? Celles qui s'y laissent prendre , tant pis pour elles. Voilà pourquoi je voudrais qu'il se mariât. Tu crois bien que je ne suis pas autrement pressée d'avoir une bru : en général, ce n'est pas très-désirable ; mais si ton cousin reste garçon , à soixante ans encore il voudra faire le Céladon. Par amourpropre de mère, je n'aimerais pas à penser qu'il viendra un temps où il se ferait moquer de lui comme tant de vieux beaux qu'on rencontre dans le monde. Tu conçois cela. (EUe s'approche d'une croisse.) Il n'y a pourtant pas à s'en dédire. Je vois monsieur de Querville si occupé autour de la calèche, qu'il y aurait mau-
vaise grâce à lui tenir rigueur. Il faudra que tu sortes. Mademoiselle Lefèvre pensefa ce qu'elle voudra; nous ne pouvons pas le contrarier après toute la peine qu'il se donne. Je vais mettre quelque chose de plus chaud, et t'envoyer aussi de quoi te couvrir davantage.
( Elle balte m niëee sur le froat, et sort. )