LA VICOMTESSE, LE COMMANDEUR
Mon bon oncle, j'àime mieux vous recevoir ici; il y fait plus chaud.
LE GOltMNDEUR.
Je croîs que je vous ai trouvé un acquéreur pour cet hôteL
LA VICOMTESSE
En vérité! cela m'enchante; car depuis que j'ai décidé de le vendre, il me semble que je ne suis plus chez moi. Avez-vous dit le prix ?
LE COMMÀIfDEUR.
Deux cent quatre- vingt mille francs.
LA VICOMTÏISSB.
Et cela n'a pas effrayé ?
LE COMMANDEUR
Non.
LA VICOMTESSE
Je suis fâchée alors que vous n'ayez pas dit trois cent mille francs, parce que i vingt mille francs de plus m'auraient été fort commodes.
304 LA RANCVIVE.
J'ai dit ce que vous avez toujours dit.
LA VICOMTESSE
Cest juste ; aussi suis-je fort reconnaissante. Mais la vie est si chère aujourd'hui ; les banquiers ont un luxe effroyable.
LE COMMANDEUR
Pourquoi voulez-vous lutter avec eux ?
LA VICOMTESSE
Mon Dieu! mon oncle, ce n'est pas pour moi; vous savez combien je suis philosophe pour toutes ces choses-là; mais si nous ne conservons pas une sorte d'éclat extérieur, on finira par ne plus prendi'e garde à nous. Je ne vends mon hôtel que pour augmenter mon revenu. •
LE COMMANDEUR
Et risquer le capital dans les paperasses publiques.
LA VICOMTESSE
Que voidez-vous ? je n'ai pas d'enfans.
LE COMMANDEUR
Mais vous avez des neveux.
LA VICOMTESSE
Ils ne sont pas intéressés. Et puis aujourd'hui que tout rentre dans l'ordre, ils ne manqueront jamais ni d'emplois ni de faveurs. Quel est le nom de la personne que vous m'ayez trouvée ?
LE COMMANDEUR
C'est la marquise de Saint-Andiol.