SCÈNE
MADifcME LAROCHE, NANETTE.
NAWETTE.
Madame Laroche, madame est dans le village; elle ne tardera pas à rentrer.
MADAME LAROCHE
Je n'avais rien de particulier à lui dire, mon enfant.
NANETTE
C'est égal ; attendez-la un peu. Madame vous aime tant ; il est vrai que vous êtes si bonne !
MADAME LAROCHE
Pas plus qu'il ne faut.
NANETTE
Oh ! que si fait. Vous avez quelquefois la parole brusque; mais, dans le fond, je serais ben embarrassée pour choisir entre vous et madame.
MADAME LAROCHE
Madame Hébert passe la permission ; je n'appelle pas cela de la bonté ; c'est de la faiblesse.
NANETTE
Ma fine ! tous tant que nous sommes, nous ne nous
328 LE SEMINARISTE.
en plaignons pas. Via pourquoi nous en voulons tant à ce M. Saint-Utsunt ; chaque fois qu'il vient de Paris, c'est pour la tourmenter.
MADAME LABOCHE.
Apparemment que cela plaît à ta maîtresse.
NANETTE
Mais non ; car elle est toujours à nous dire : «c N'faut pâs parler de ça à M. Saint-Utsunt. Si M. Saint-Utsunt savait ça 1 » Ce n'est cependant ni son mari^ ni son père, ni son amoureux.
MADiME LAROCHE.
Qu*y faire? Quand on manque de volonté, on ne manque jamais de gens qui se chargent de vous faire vouloir.
NANETTE
Si j'étais riche comme madame , et qu'il vînt des sournois comme M. Saint-Utsunt me parler à tout bout de champ de sauver mon âme , je les enverrais joliment promener. C'est que c'est toujours de l'argent qu'ils demandent pour sauver c't' âme. Notre curé donne des raisons ; on en prend ce qu'on veut , v'ià qu'est ben ; mais les Saint-Utsunt ! il faudrait un puits d'or, et je ne sais pas si ça suffirait.
MADAME LAROCHE
Est-ce que tu as quelqu'un qui te parle ?
NANETTE
Non, madame. Pourquoi ça?