SCENE I
MADAME LAROCHE
C'est que tu sais bien des choses.
IfANÊTTE.
Est-ce qu'on n'a pas des yeux? Chaque voyage que fait M. Saint-Utsunt, il s'en va toujours les mains pleines. C'est parce qu'il trouvait que madame dépensait trop à Paris, qu'il l'a fait revenir ici; il s'imaginait qu'il resterait davantage à madame pour lui donner. Que c'est béte ! quand on ne dépense son argent qu'en charités, on trouve à le placer partout.
MADAME LAROCHE
Je ne reviens pas de cette petite Nanette !
NAWETTE.
C'est bien à madame de ne pas avoir rougi de s'établir dans un endroit où tout le monde sait que ses parens n'étaient que de pauvres paysans. Nous aimons ça , nous autres. Quoiqu'elle ait à cette heure la plus belle maison du pays, elle a conservé leur cabane; elle y va souvent, et ça nous fait ben autrement d'effet que des fiertés.
MADAME LAROCHE
Vous avez raison , mes enfans.
NANETTE
On dit que c'est sa douceur encore plus que sa beauté qui lui a valu le riche mariage qu'elle a fait. C'est ben possible si elle était restée à Paris, tout en regrettant le défunt, que sa douceur lui eût
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attiré un second mari ; car Paris , c'est le pays des épouseux, à ce qu'il parait. Madame est encore si belle et si fraîche ! Mettons qu'elle se soit remariée , les recettes de M. Saint-Utsunt auraient ben pu diminuer, oui-da.
MADAME LAROCHE
Qui est-ce qui croirait jamais qu'une petite paysanne en sait si long ?
NANETTE
Tenez, madame Laroche, il y a une vérité : quand on aime ben ses maîtres, on finit toujours par savoir ce qui les regarde.
MADAME LAROCHE
C'est comme quand on ne les aime pas.