RAYMOND, MADAME HÉBERT
MADAME HÉBERT
3e ne suis pas contente, Raymond. Pai peur que tu ne tournes mal , et je ne suis pas la seule qui ait cette crainte-là. Tes supérieurs aussi sont fort en colère, et Ton trouve que je suis trop indulgente. J'ai grand plaisir à te voir ; mais je sais me faire une raison. Tu as des goûts trop dissipés : je ne crois pas que tu aies envie de faire le libertin ; pourtant tes courses continuelles le donneraient à penser. Pourquoi soupires-tu?
RAYMOND
C'est que je voudrais vous parler.
MADAME HÉBERT
T'aïu'ait-on fait encore quelque injustice?
RAYMOND
Non, madame; mais vous vous i-appelez sans doute que quand vous me fîtes entrer au séminaire, pour adoucir le regret que j'avais de vous quitter, vous eûtes la bonté de m'assurer que cela ne m'engagerait à rien.
MADAME HÉBERT
Eh bien ! est-ce que tu voudrais jeter le froc aux orties? Ce n'est pourtant pas un état fatigant. Quand monsieur Saint-Utsunt apprendra cela ! Consulte-toi bien, mon enfant.
M6 LE SfiBUNAAISTE.
RAYMOND
Soyez persuadée I madame ^ que si je m'étais senti capable
MADAME HÉBERT
Moi qui croyais que ton parti était pris! On parlait, en plaisantant, de te voir un jour curé de ce village; je ne te cache pas que cette idée me flattait.
RAYMOND
Je sens en moi quelque chose qui s'y oppose.
MADAME HÉBERT
Tu sens en toi quelque chose qui s'y oppose? (eo» wurit.) Pauvre enfant! Si ce n'était pas si embarrassant de faire un sort à un jeune homme, je concevrais cela; mais que va dire monsieur Saint-Utsunt? Après tout, si c'est plus fort que toi, que veux^tu que j'y fasse ? Tu as bien combattu ?
RAYMOND
J'avais si peur de vous déplaire.
MADAME HÉBERT
Quels sont tes projets?
Je n'en ai pas.
MADAME HÉBERT
C'est singulier. Un grand garçon comme toi ne peut pas s'imaginer qu'il passera sa vie à rien faire.
RAYMOND
Si je ne puis pas prendre d'autre .parti, je serai soldat. C'est ainsi que mon père a commencé.