RAYMOND, NANETTE
NANETTE
Vous ne voulez donc plus être notre curé, monsieur Raymond? Madame dit que vous sentez en vous quelque chose qui s'y oppose. '
BAYMOND, riaat.
Quoi! tu sais déjà cela?
"NANETTE
Qu'est-ce que c'est donc ?
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RAYMOND
Pauvre petite Nanette I
NANETTE
Voyez un peu ; vous m'aviez si bien promis que je serais votre servante. J'arrangeais déjà tout le presbytère à ma fantaisie. On vient d'acheter le clos du père Guillaume pour agrandir le jardin ; la fabrique a fait boiser et peindre toute la salle basse en si belle couleur jaune, qu'on dirait d'un paradis; et pis bernique.
RAYMOND
Cela m'aurait rendu trop fier.
NANETTE
Quand je pense que moi^ qui n'aime pas la servante de notre curé, j'avais pourtant pris sur moi d'aller la voir de temps en temps pour apprendre, sans qu'elle s'en doutât, à blanchir les aubes, les surplis; à apprêter les rabats et le linge d'autel : à quoi ça me servira-t*il ?
RAYMOND
A être servante d'un curé.
NANETTE
Ne badinez donc pas, monsieur Raymond; il n'y a que vous au monde pour qui j'aurais pu me décider à quitter madame^ et ça, parce que je vous connais. E$t-ce que je connais les autres curés ? Est-ce que je me soucie de les connaître? Comment pouvez-vous donc renoncer à un si bel état, surtout depuis que madame a donné à l'église des ornetnens comme
3M LE SEBDIVARISTE.
ceux qu'elle a donnés? Je vous voyais déjà là-dedans; je ne disais rien à personne : je gardais ça pour moi; mais je pensais quelquefois ^ en me carrant: «Ah! que M. Raymond aura ben une autre tournure que notre curé actuel, lui qui est si beau, qui se tient si droit, qui a une démarche si dégagée ! »
RAYMOND
Voilà ce que tu pensais ?
NANETTE
Et ben d'autres choses encore. Je ne suis pas causeuse; jamais vous n'auriez trouvé de commères dans ma cuisine. Je ne les aime pas ; je les ai toujours détestées; c'est autant d'espions. Je ne me serais occupée que de ma besogne, sans vous rebattre les oreilles comme il y en a qui le font , pour vous donner de l'humeur contre ceux à qui j'en aurais voulu. De cette façon-là, j'aurais <^u tout mon temps à moi, et votre ménage s'en serait ressenti. Sans compter que' je sais faire toutes sortes de douceurs , des nougats, des confitures, des ratafias, ce qui donne la meilleure mine à un curé quand il reçoit ses confrères. Ça fait dire partout : « Ah! le curé Raymond a-t-il une servante qui vaut son pesant d'or ! »
RAYMOND
Tais-toi donc^ Nanette, car tu vas me donner des regrets.
Le matin, j'aurais préparé votre déjeûner. Serait donc venue votre messe, pendant laquelle j'aurais