‹ Proverbes dramatiquesChapitre 196 sur 255 · SCENE x\n. sm · texte numérisé non relu

SCENE x\n. sm

RAYMOND

ïte ne dois pas souffrir que vous interprétiez des paroles que je n'ai pas dites. (D'an ton pins doux. ) Que vous ai-je fait, monsieur, pour que vous ne mé laissiez pas un imtant de repos ?

M. SAINT-UTSUNT.

Ne suis-je pas responsable de votre conduite? Si, dans TefFervescence de vos penchans mondains, vous me trouvez trop sévère , quels reproches ne m'adresseriez-vous pas un jour d'avoir fermé les yeux sur l'affreuse apostasie dans laquelle vous êtes près de tomber! J'en appelle à votre conscience; ne sentezvous aucun remords d'abandonner le troupeau dont ' vous faites partie , de vous soustraire à la houlette de vos pasteurs , quand la persécution prépare ses bûchers, quand l'épiscopat tout entier est dans, les larmes et dans la détresse? Jeune homme, rentrez au bercail ; ne vous mêlez pas à une nation perverse que votre devoir est de combattre et de maudire.

RAYMOWa

On m'a ordonné de vous écouter, je vous écouterai; mais pourquoi me parler comme à un mouton? Vous devez bien penser que nous sommes blasés siir ce langage d'idylle. Je veux voir le monde, afin de le Connaître : s'il est aussi mauvais que vous le dites , il sera toujours temps pour moi de rentrer au bercail; je n'en serai même que mieux disposé à rendre justice ii la piété , au désintéressement et à l'humilité de ces' bons pères, que je n'ai pas encore pu juger par comjkraison.

$M LE SCiONAllISTE.

M. SAIVT-UTSUNT.

Je vois qu'il faut nous placer sur un autre terrain.

RAYMOND

Je le crois aussi.

M. SAINT-UTSUNT.

Ne vous mariez pas du moins, mon cher Raymond. Qu^l sort une femme pourrait-elle vous faire, que vous ne puissiez obtenir en vous consacrant à nous ? Je veux bien que la <Urection de vos idées vous éloigne des détails de la vie monastique; mais qui vous empêche de ne faire que des vœux simples? Cela n'engage à rien, n'impose aucune privation. Vous vivrez de la vie du siècle ; seulement nous saurons que nous pourrons compter sur vous,

RAYMOND

Je suis donc un être bien important ?

M. SAlIfT-OTSUHT.

l^s sujets distingués sont fort rares. Si vous pouviez prendre l'esprit de corps, faire abnégation complète de tout ce qui n'est pas les intérêts de notre société, je vous le répète, mon cher Raymond, rien ne vous serait impossible» Ces bons pères , dont vous affectez de parler si légèrement, me sont plus connus qu'à vous. Vous vous êtes arrêté aux prestiges quelquefois bizarres dont ils cherchent à fasciner les yeux du vulgaire; vous aurez remarqué dapsleur conduite les irrégularités que l'on trouve dans la conduite de tous les hommes ; gardez cela pour vous. IjSl tourbe stupide n'est que trop empressée à crier

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haro sur des réformateurs dont pourtant elle a si grand besoiu.

RÂYMOjyD.

Je croîs que les réformateurs ont encore plus besoin de la tourbe stupide. Au surplus , monsieur Saint-Utsuntf je suis dans une disposition d'esprit à ne rien blâmer.

M. SAINT-UTSUWT.

Soyons de bonne foi, il faut tromper les hommes pour les conduire; ce n'est pas là ce qu'on peut appeler faire des dupes , c'est servir de guide à des aveugles. Il n'y a rien en France ; vous en conviendrez avec moi ; tout y est d'une faiblesse extrême ; nous avons senti qu'il fallait que quelqu'un se mît à la tête de quelque chose, nous nous y sommes mis.

RAYMOND

II. est bien cruel pour moi, la première fois que vous me parlez avec confiance, de ne pouvoir me rendre à vos désirs. Je vois bien que ce que vous m'offrez, c'est de partager le gouvernement du royaume avec vous.

M. SAINT-TJTSUNT.

Ne plaisantez donc pas.

RAYMOND, avec gaieté.

En vérité, je trouve mieux que cela.

lÏQUs verrons , monsieur ; vous n'en êtes pas encore où vou$ croyeE, Votre feinte douceur, cette joie que vous cherchez à rendre enfantine ne m^en ont

M8 LE SEHIM ARIftTE.

point imposé; elles me font firémir dans un homme de votre âge. Que madame Hébert s'y laisse prendre, c'est ce que j'empêcherai. Mon expériencfe doit suppléer à ce qui manque à la sienne; et si c'est sur la faiblesse de son caractère que tous comptez pour l'accomplissement de vos vœux, vous pourriez bien vous tromper.

(Il va pour sortir^ Raymond l'arrête.) RAYMOND.

Monsieur !

M. SAINT-UTSUHT.

Que me voulez-vous ?

RAYMOND, après un moment d'he'sitation.

Non, non, quittez-moi; je n*ai rien à vous dire.

(M. Saint-Utsimt sort )

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