SCÈNE XXIV. StS
MADAME HÉBERT
Tu n'as pas pu t'imaginer qu'une chose aussi extraordinaire se ferait sans que nous ayons eu une espèce de conversation ensemble.
RAYMOND
Pardonnez-moi. Je comptais assez s\xt votre bonté pour espérer que vous m'épargneriez cette conversation, qui, je l'avoue, me paraît très-difficile à soutenir.
Tu vois bien.
RAYMOND
S'il m'était permis de vous faire lire dans mon coeur; si je pouvais vous entretenir de la viyacité de mes sentimens...., mais on me l'a défendu^. On m'a recommandé d'avoir du calme, de la réserve; je dois vous cacher ma tendresse, et ne vous faire entendre que le langage de la raison ; voilà en quoi je trouve cette conversation difficile.
MADAME HÉBERT
Pense aussi à une chose ; à ton âge , tout est à craindre pour moi; tes goiits peuvent changer; ce qui te paraît le bonheur aujourd'hui, dans bien peu de temps te paraîtra peut-être un fardeau. Je m'en apercevrai, j'en gémirai; mais il faudra que je cache ma douleur, avec d'autant plus de soin qu'elle ne toucherait personne. Quand je n'aurais cédé à tes vœux que parce que je ne sais rien te refuser , et pour pouvoir fixer auprès de moi un des deux êtres
3M LE WlfllVAAl»E.
qui me sont le plus chers au monde ^ on m'accuserait d'avoir mérité mes chagrins ^ comme si je les eusse provoqués par une conduite légère et înconsé*quente. De nous deux ^ je paraîtrais seule coupable; vois à quoi tu m'exposes.
HAYMOND.
Me connaissez^vous si peu que vous puissiez me soupçonner d'un tel excès d'ingratitude ?
Tu ne serais pas ingrat , car je suis persuadée que tu ferais tous tes efforts pour prolonger ma sécurité ; mais, mon cher Raymond, quoique je sois une femme d'un caractère assez simple, tu ne pourrais pas me tromper longtemps* Songe à cela; interrogetôi bien. Nous pouvons être très-malheureux ettsemble, toi par délicatesse, pour ne pas affliger une personne qui n'aura fait que ce que tu auras voulu; moi , parce que je me regarderai comme un obstacle à ce que tu sois aussi heureux que je voudrais que tu le fusses.
RAYMOND
Yous ne voulez pas que je puisse répondre de moi.. Je suisi jeune, tout le monde me le répète, et quand on est jeune, apparemment il faut s'attendre à devenir je ne sais quoi. Quelles sont donc les sûretés que je puis vous donner? J'aurais beau vous jurer en ce moment qu'un mot de votre bouche, le son de votre voix suffisent pour commander à tous mes sens, vous ne seriez pas rassurée, parce que je
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suis jeune. Que croyez-vous donc que je cherche dans une femme? Oui, je le confesse, j'avais saûfé à mademoisdle Louise, mais parce que je n'osais pas dire toute ma pensée.
MADAME HKBERT.
Tu avais songé à Louise , parce que tu veux te marier; je ne trouve pas cela mal; votre âge, vos goûts auraient été les mêmes.
Pas du tout. Mademoiselle Louise, tout aimable qu'elle est, annonce cependant quelque penchant pour le monde; moi, c'est la retraite qui me convient; c'est le bonheur qu'on trouve chez soi, auprès d'une personne qui est comme un autre vousmême; c'est d'aimer, de servir cette personne, de ne penser, de n'exister que par elle. Ce que je lui demanderais, ce serait de ne jamais se fatiguer des soins que je lui rendrais. Vous ne pouvez pas vous imaginer, avec un cœur aussi aimant , combien tous mes goûts sont tranquilles. Madame, croyez-moi, je vous en supplie. J'ai toujours été de même ; jamais je n'ai pu comprendre ces tourmens d'ambition que je voyais à tous mes camarades. Le séminaire m'était devenu odieux par les projets de fortune et de domination qui les occupaieiit tous. Demandez, recherchez si personne m'a entendu former une seule foi» de pareils voeux.
, MADAME HÉBERT
Si ce n'était que la fortune, je puis disposer d'une somme assez considérable, sans qu'il m'en coûte la
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qui me sont le plus chers au monde , ^ serait d'avoir mérité mes chagrins, cq^ ^
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. ijeuxde .c en rien aux ^e union soit bénie urent, qu'ïb se réjouisvoila ce qui nous importe; Y^jpg ' *e indifférent.
BH>L h MAnUIE HÊBEST.
quant' .s savoir ce qu^une femme prudente fiaait
à de <.e. Mais il fendrait qu'eUe t'aimât oonuoe
tés -le, qu*eUe eût <fe toi Topinion que j'en aï; car jr . est pas ce que tn es à présent qui m'eflBraie. Jusr uiâ tu as too^oors été cr que tn devais are; maL^
;iiYenir ï Ravmond^ ravenir !
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