SCÈNE IL
MASAMB DE MÉRIGNY, madame MORIN, mademoiselle FÉLICITÉ.
MADAME MORIN
Madame^ vous me voyez désespérée.
MADAME DE MÉRIGNY.
Cest vous, madame? Que me voulez- vous à cett^ beure-ci ?
40« LA PREMIERE REPRÉSENTATIOM .
MADAME MORIN
J'apportais ce carton.
MADAME DE MÉRIGNY.
Vous pouvez le faire remporter.
MADAME MOBIN.
Je'^sais la bévue que Ton a faite chez moi. Malheureusement vous ne m'aviez pas parlé; j'ai été obligée de m'en rapporter à ces demoiselles. On avait entendu que vous n'aviez commandé ce chapeau que pour un bal.
MADAME DE MÉRIGNY.
C'est bon.
MADAME MORlN.
Madame doit voir l'intérêt que je porte à ce qui la regarde, puisque mon premier soin , en sortant des Français
MADAME DE MÉRIGNY.
Vous venez donc des Français ?
MADAME MORIN
Hélas! oui , madame.
MADAME DE MERIGNY.
Je ne m'étonne plus. Vous voulez être marchande et aller au spectacle !
MADAME MORIN
Ce n'est certainement pas pour mon plaisir ; mais nous devons nous tenir au courant. Les premières représentations donnent assez; une idée de re qui se porte.
8GKHEII. 4M
MADAME DE MÉBIGNY.
Et moi, à cause de cela, je me suis vue forcée de céder une loge que j'avais eu toutes les peines du monde à me procnrer, et, qui pis est y pour ne pas faire de confidences, de prétexter une migraine, ce qui ne m'est peut-être jamais arrivé.
MADAME MORIN , i mademoiieUe F<aicitë.
Vous voyez, mademoiselle, à quoi voiis exposes^ une personne comme madame.
MADAME DE MÉKIOBTr.
Je ne donne à souper ce soir que pour entendre parler de cette représentation, car encore faut-il que j'en sache quelque chose. Quelles sont les étoffes qui dominent?
MADAME MORlN.
Madame sait comme moi qu'en, général les commencemens de printemps sont assez une époque d'anarchie; cependant je croirais pouvoir affirmer que le velours a encore la majorité.
MADAME DE MÉRIGMY.
Voilà de ces choses sur lesquelles on ne peut s'en rapporter qu'à soi. Ah! madame Morin, vous m'avez, fait bien du tort en me privant du spectacle.
MASeAME MORIN.
Madame veut-elle que je lui laisse ce carton ?
MADAME DE MÉRI6I9Y
Non assurément. Je ne dis pas que je vous quitte ; mais il me serait impossible de porter un chapeau qui m'a fait faire autant de mauvais^ sang.
4M LA PREmÈREREnÉBENTATIOIf.