LA PREMIERE REPRESENTATION
feut espérer qu'il m'en restera une. Mais c'est la catastrophe qui m'a enlevé. Dieu ! qu'on fait bien les catastrophes à présent! 11 y a plus de vingt femmes qui n'ont pas pu rester dans leurs loges.
MADAME DE MÉRIGNY.
C'est donc bien terrible.
SAINT-PAUL
Ce n'est pas parce que j'étais entouré de gens qui frémissaient ; mais je tremblais comme une feuille. Malgré cela , j'ai tenu bon.
MADAME DE MÉKIGNY.
Ce sont de ces occasions où il faut qu'un homme sache montrer du courage.
SAINT-PAUL
Vous voulez plaisanter ; mais quand on se livre à son imagination y qu'on s'identifie avec ce qui se passe sous vos yeux , et que ce qui se passe sous vos yeux est touché si fortement, si vigoureusement qu'on n'a pas le tempjs de reprendre haleine , ma foi ! il est difficile de conserver son aplomb.
MADAME HERFORT
J'étais préoccupée , moi; c'est ce qui m'aura sauvée.
SAINT-PAUL
11 fallait que vous le fussiez* terriblement, madame. Il n'y a qu'une voix sur le dénoûment. A-t-on idée qu'il se soit trouvé au foyer quelqu'un d'assez insensible pour dire que toute cette pièce n'était rien , parce qu'elle n'était pas en vers ? Heureusement^
SGEIfE VI. 419
un monsieur de beaucoup d'esprit lui a répondu : « Monsieur, la poésie est le langage des dieux; nous ne sommes pas des dieux. »
M. LIEVEN , avec une légère teinte d'ironie.
C'était piquant.
SAINT-PAUL
U n'avait que ce qu'il méritait. Oh! d'abord je le déclare , les envieux né me feront jamais pitié.
M. LIÉVEN
Tant qu'il y aura des gens d'esprit comme ce monsieur pour leur répondre , ils ne seront pas à craindre , soyez tranquille. (AmadamedeMëngny.) Vous voilà bien au courant de la pièce , j'espère, madame. Vous savez les sensations quelle produit, les jugemens qu'on en porte ; il ne vous manque rien.
MADAME DE MÉRIGNY.
Monsieur Saint-Paul fait toucher les choses au doigt.
SAINT-PAUL
C'est comme cela qu'on doit faire, ce me semble, ou il ne faut pas s'en mêler.