SCENE VIII
M. LIÉVE».
Ce qui se passe sur la scène se passe pour toutes les places.
M, DE THÉMINES
Il est bien question de places.
MADAME DE MÉRIGNY.
Ah çà , ^ quel jeu jouons-nous ?
M. DE THÉMINES
Je parle de ce qui s'est passé dans le corridor des secondes, d'une dispute.
MADAME DE MÉRIGNY.
Mais encore, à quel sujet?
M. DE THEMINES
Vous n'en avez connaissance ni les uns ni les autres? Oh! bien, asseyez^vous, asseyez-vDus. Personne ne peut vous raconter cela comme moi; je
n'en ai rîen perdu. ( Tom le monde s'assied. ) MADAME HERFORT.
Je ne sais pas comment fait monsieur de Thémines, mais il est toujours partout où il se passe quelque chose.
M. DE THÉMINES
J'ai du bonheur. Imaginez-vous que j'étais dans le corridor des secondes, ou des troisièmes; car je crois bien.... enfin, c'est égal; j'étais dans un corridor. Une loge s'ouvre, une dame en sort, jette un petit cri à propos de je ne sais quoi. Une femme qui trouve l'occasion de jeter un petit cri ne la laisse guère échapper, comme vous savez.
432 LA PREMIERE REPRÉSENTATIOBT.
Pas de réflexions.
Si fait, si fait, Thémines, ne vous gênez pas.
M. DE THEMINES
Un raonsieur qui marchait devant moi s'empresse d'offrir la main à cette dame, croyant apparemment qu'elle s'était blessée, ou pour la voir de plus près, ou, ce qui est encore probable, pour essayer si.... dans le fait, je ne sais pas. . Au niéme moment, un monsieur qui était dans la loge d'où sortait cette dame, et qui, vraisemblablement, était ou un frère, ou un mari, ou quelque chose d'approchant, adresse à l'autre monsieur quelques mots que je n'ai pas entendus, mais qui avaient l'air de signifier : « Monsieur, de quoi vous mêlezvous? » L'autre répond à peu près ce qu'il devait répondre, je crois; sur quoi l'autre, qui paraissait un homme sanguin , prend tout à coup la mouche. L'autre, au lieu de s'émouvoir, regarde l'autre avec un grand sang-froid , ce qui ne fait qu'animer l'autre davantage; parce que, il faut tout dire, l'autre avait dans la physionomie quelque chose d'un tant soit peu goguenard. Plus l'autre élevait la voix, plus l'autre mettait de modération dans ses paroles , mais de cette modération , vous savez ? La pauvre dame ne savait que devenir. Elle avait beau prier l'autre de se calmer, il n'en faisait rien; l'autre, de son côté, ne voulait pas s'éloigner, de peur d'avoir l'air de fuir devant l'autre. Cela se comprend.
gCÎîNE Vm. 455
MADAME DE MÉRI6NY, rianl de toutes ses forces.
Eh bien ! est-ce l'autre qui a cédé?
M. DE THÉMINES
Il se serait plutôt fait hacher sur la place.
M. LÏÉVEN , riant aussi.
C'est donc l'autre ?
M. DE THÉMINES
I7on plus. ( Tous les personnages éclatent de rire à la fois. ) Ccla
paraît plaisant à entendre raconter; mais quand on en a été témoin !
MADAME DE MÉRIGNY.
Auquel des deux vous intéressiez-vous ?
M. DE THÉMINES
A. 1 autre. ( Les rires recommencent; M. de Themines reprend avec humeur.)
Sans doute, parce qu'il me paraissait de meilleure compagnie que l'autre : non pas que l'autre fût un homme commun; mais un genre militaire, brusque, de ceà gens dont le visage devient tout de suite cramoisi.
SAINT-PAUL
J'ai un cousin comme cela.
M. LIÉVEN
Comment ! mauvais cœur, vous avez un cousin comme cela, et vous avez le courage de rire ?
SAINT-PAUL
Je n'ai ri qu'à cause de la ressemblance; mais vous tous, à moins que vous n'ayez des cousins comme le mien, je ne vous comprenais pas.